LA GUERRE
si elle en donna aux Fribourgeois ; mais la paix , qui fat faite bientôt après ^ rendit ce secours inutile. Les autres alliés de Berne ^ quoique catholiques , se montrèrent meilleurs amis des Bernois ;- non-seulement la ville de Bienne leur envoya du secours^ mais aussi celle de Payerne, qui avait ^ depuis quelques centaines d'années^ un traité de combourgeoisie avec Berne et les comtés de Neuchâtcl et de Valangin. Avant qu'on en vînt a un combat, quelques députés tant de Thoune que du mandement de Sefitiguen et des deux Simmentbal, allèrent 9 * de leur propre mouvement, faire une dernière tentative auprès des rebelles , et obtinrent d'eux qu'ils se soumettraient à la décision de vingthuit juges, choisis de la ville et du pays^ sous la présidence d'un bourgeois de Thoune , ce qu'ils n'accordèrent pourtant que sous la réserve de leurs droits, et de pouvoir chercher encore leur droit par devant d'autres juges. Cette restriction de la part des rebelles était trop captieuse pour qu'on y pût avoir aucun égard. D'ailleurs le secours qu'ils attendaient d'Unterwalden arriva le même jour ; ainsi l'on ne pensa plus de part et d'autre qu'à en venir aux mains. Les Bernois, en attendantique toutes leurs troupes fussent assemblées , envoyèrent une bonne garnison à Thoune, ^ sous la conduite de Nicolas Manuel , banderet ; et quelques jours après, un petit camp volant, sous la conduite d'Antoine Bischoff et de Sulpice Haller, au nombre de trois cents hommes , qui joignirent , près de Thoune, deux cents hommes du Pays-d'Enhaut qui étaient de* meures fidèles. Les troupes d'Unterwalden , au nombre de huit cents hommes^ ayant la bannière de leur
^ Stettl. p. 15.
â& RENDORT pS l'armée BERNOISE.
canton, se rendirent maîtres de Brientz, le jeudi 29 octobre, et ensuite du couvent dloteriacken et de la petite ville d'Unterséen. Le camp volant des Bernois voulut attaquer les ennemis dans ces deuzposAes^ quoique de beaucoup Bupérieurs en nombre, car ils n'étaient pas moins de mille trois cents. Mais quelques députes de Lucerne et de Bâle, avec quelques autres du pays , les ayant conjurés de ne rien précipiter, ils promirent de se tenir en repos jusqu'à l'arrivée de leur g*rande armée, ou jusqu'à ce qu'ils eussent une réponse satisfaisante, à condition que leurs ennemis le retirassent d'Unterséen à Interlacken pour y deneurer aussi en repos, ce qui fut fait. Fqu de jours après arrivèrent « Unlerséen les troupes de Tboune, du Bas-Simmentlaia! et de l'Emmenthal ; ce que voyant ceux d'Unterw^alden, incommodés d'ailleurs par les pluies froides qu'il taisait, et craignant d'être enfermés par les neiges, se reti* rèrent à Brientz, sans bruit, avec les rebelles. * Le lendemain le bruit.s'étant répandu que les ennemis avaient pillé le couvent d'Interlacken^ et brisé tout ce qu'ils n'avaient pas pu emporter, Bischoff voulut les aller attaquer avec son camp volant; mais quelques^^uns des députés des deux cantons , dont on a parié , s'y étant opposés, il prit avec lui Jacob Wagner et Jean Friscbing, et une douzaine de bons soldais, et conrut du cteé du couvent. Ceux d'Unterwalden qui s'y étaient campés, en furept tellement effrayés, que quelquesuns d'entr'eux prirent la fuite; et les Bernois se saisirent du couvent, l^a ^ngade armée de Berne arriva à Tboune le si^iaQdi 2 novembre avec la bannière de la ville, sous la conduite de l'avoyer d'Brlaidi, fiort fati*»
' Stetll. p. 16.
LES TROUPES D^lMTERLACKEN SS RETIRENT. SS
guce da maoTais lemps. Le lendemain elle joignit le camp volant à Unterséen. L'année campa partie à Unterséen^ partie à Interlackên et partie dans les villages voisins, particulièrement à Grindelwald, et se répandit partout sans trouver aucune résistance. Les troupes d'Unlerwalden s'en retournèrent dans leur pays , abandonnant honteusement leurs nouveaux alliés ; et ceux-ci se trouvant sans appui , furent contraints de se soumettre à leurs seigneurs. Les auteurs de la rébellion s'enfuirent dans le canton d^Unterwalden ; cependant on en saisit un, nommé Jean Im-Sand, que Ton fit mourir, et sa tête fut mise sur un pieu; ^ mais quelque catholique la prit de nuit et l'emporta à Saxelen , dans le canton d'Unterwalden , où on la garde comme une précieuse relique , et on t'a honorée de cette inscription : « C'est ici la tête de Jean Im-Sand , d'heureuse mémoire, qui a été martyrisé pour la foi chrétienne. » Un tel martyr peut faire paroli aux Garnier, aux Clément, aux Guignard et à d'autres de ce carac- 1ère, que la vénérable compagnie des jésuites a canonisés. Les maisons de ces chefs des rebelles furent pillées et leurs biens confisqués au profit du souverain. ^ Cependant on les rendit, dans la suite, à leurs femmes et à leurs enfans, pour montrer qu'on aimait mieux exercer la clémence que la sévérité. L'armée bernoise ne trouvant point d'ennemis à combattre , Tavoyer d^-lach lit soimmer tous les sujets rebelles du pays de Hasli et du bailliage d'Interlacken, de se rendre à discrétion et de paraître devant lui le 4 novembre, en rase campagne, devant le couvent dlnterlacken, pour
^ Hoiting. ft35.
' SieUl. p. 16. b. et 17.
56 FIN DBS TROUBLES
y recevoir ses ordres. H rangea ce jour-ià son armée en bataille; fit faire une décharge générale de toute la mousqaeterie et de la grosse artillerie , pour faire comprendre aux rebelles qu'on avait en main de quoi les dompter ; ensuite ayant ouvert les rangs , il fit mettre l'armée en rond^ laissant un grand espace vide au milieu. II y fit entrer tous les sujets de Hasli et d'Interlacken ; plaça les sujets fidèles et obéissans à sa droite, et les rebelles à sa gauche ; donna aux premiers les louanges qu'ils méritaient y et se tournant ensuite vers les seconds , qui étaient au nombre de cinq cents hommes , il leur adressa une gtave et vive censure , leur reprochant leur rébellion et leur paijure; et leur fit sentir que les tenant entre ses mains, environnés de toutes parts de ses troupes^ on pouvait se venger d'eux et les tailler en pièces. Ce discours les toucha si vivement, qu*ils se jetèrent tous à genoux, et demandèrent grâce, confessant humblement leur faute. On en punit quatre de mort, et Tavoyer déclara aux autres qu'on leur faisait grâce > à condition qu'ils accepteraient douze articles qu*il leur proposa. Il leur ôta la bannière^ les drapeaux et le sceau de leur pays. Il fit aussi sommer ceux du Haut-Simmenthal, de Froutiguen et de Spietz de se soumettre et de rentrer dans l'obéissance; et les uns et les autres, voyant qu'il n'y avait point d'autre parti a prendre, se soumirent absolument. Ainsi les Bernois eurent le bonheur de terminer, sans coup férir, un tumulte qui semblait d'abord devoir entraîner une grande effusion de sang. Peu de jours après , on vit arriver à Berne des députés de divers états, qui venaient offrir leur médiation dans cette affaire; de Lucerne, d'Uri, de Schwytz, de Zoug et de Valais, de l'évéque de Bâle, de la ré-
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gence autrichienne d'Ensisheim , et des villes de Fribourg, de Bâle, de SchafThouse, de Strasbourg , de Constance , de S. Gall et de Rothwjl. * Ceux des cantons catholiques et de Valais tâchaient d'excuser leurs alliés d'Unterwalden d'avoir donné du secours à ces rebelles, disant : « Que cela s'était fait contre la volonté du conseil souverain du pays ; que c'étaient quelques jeunes gens qui, en l'absence des plus sages, avaient entraîné les autres, etc. » C'est ainsi qu'en certaines occasions les gens rusés savent s'y prendre d'une telle manière, que si leurs entreprises ne réussissent pas, ils puissent les désavouer; disposés à s'en faire honneur et à s'en prévaloir, si elles réussissent au gré de leurs désirs. Les Bernois renvoyèrent civilement ces députés, les remerciant de Icurg peines, et les as&urant qu'ils traiteraient leurs sujets selon toutes les règles de l'équité. Mais ils reprochèrent doucement à ceux de Fribourg la violation qu'ils avaient faite de leurs traités mutuels, ayant non-seulement refusé de les secourir dans leur besoin , comme ils y étaient obligés, mais même demandé du secours pour leur faire la guerre. Bientôt après ils rendirent au pays de Hasli sa bannière et ses privilèges^ à la requête de ceux qui leur avaient été fidèles , à condition que le conseil de Berne élirait à l'avenir l'amman , le banderet du pays et le tribunal des Quinze, et qu'il aurait le pouvoir de les prendre ou dans la ville ou dans le pays de Hasli. Ceux des sujets d'Interlacken qui avaient été fidèles à leurs seigneurs obtinrent aussi la même grâce pour leur pays. * Un auteur suisse, ^ bon catholique, nous a ap-
* Stetil. I8< b.
* StelU. 49. a. * Lang. Voy. HoUin^;. 436. -