LIVRE XXIV
bonnes gr3ces du roi autant que ma vie , si m'est paradis encore plus cher que l'un ni Tautre.»
«Comment, morbleu, paradis, dit M. de Roquelaure, et êtes-vous si aze' que de parier d'un lieu oii vous ne fûtes jamais; ne savez-vous quel il y fait, ni si vous y serez reçu quand vous y voudrez aller?»
«Oui, j'y serai reçu, dit M. de Rouen, n'en doutez nullement.»
« C'est bien discouru à vous , dit M. de Roquelaure , car, pardieu, je tiens que paradis a été si peu fait pour vous, que le Louvre pour moi. Mais laissons un peu là votre paradis, vos canons et votre conscience à une autre fois et vous résolvez à marier Madame; car si vous y manquez, je vous ôterai trois ou quatre méchants mots de latin que vous avez à toute heure à la bouche, et plus n'en sait ledit déposant, et puis, adieu la crosse et la mître, mais qui pis est, cette nelle maison de Gaillon' et dix mille écus de "ente. » Ils eurent encore d'autres discours trop longs à réciter, lesquels se terminèrent en telle sorte que M. de Rouen se résolut de marier Madame.»'
Le pape, irrité qu'on eût passé outre à la célébration du mariage, refusa ses dispenses et remplit tellement de scrupules l'esprit de l'époux de Catherine qu'il vécut avec elle comme s'ils n'eussent pas été mariés. Ce fut là la première punition de la princesse qui, aimant tendrement son mari, souffrit cruellement d'en être délaissée. Ce ne fut qu'un peu plus tard que le duc de Rar, à son refour de Rome, se rapprocha d'elle. 11 était, dit-on, porteur de dispenses secrètes, le pape n'ayant pas voulu les donner publiquement.
La princesse fut de nouveau assaillie par les docteurs catholiques; mais elle demeura de plus en plus ferme, à la grande joie des réformés, qui lui pardonnèrent son mariage , en étant les témoins journaliers de sa constance et de sa foi.