LIVRE XXV
Une affaire plus importante que le mariage de la sœur du roi préoccupait vivement les esprits. Sur tous les points du royaume les catholiques s'élevaient contre la vérification de l'édit; les parlements ne voulaient pas admettre les protestants dans leur sein; la Sorbonne refusait de leur accorder le diplôme de licencié et de docteur; l'université prétendait leur fermer les portes de ses collèges; la faculté de médecine même se montrait intolérante et demandait avec instance leur exclusion de ses cours; le clergé enfin criait à la trahison'. Dans cette grave circonstance le roi se montra habile et profond politique; il voulait la vérification de l'édit, parce qu'elle était à ses yeux un acte de justice et de nécessité politique. «Je ne puis, écrivait-il au duc de Luxembourg, reculer sans hasarder le repos de mon État; car la partie de ceux de contraire religion est encore trop enracinée en icelui et trop forte et puissante dedans et dehors pour être mise à nonchaloir'. .J'en ai été trop bien servi et assisté en mes nécessités. Je remettrais des troubles en mon royaume plus dangereux que par le passé. »'
Les plus grandes difficultés provenaient du parlement de Paris, qui opposait au roi une résistance systématique. Mécontent de l'attitude hostile des conseillers, Henri IV résolut d'obtenir par la force ce qu'il croyait avoir le droit d'attendre de leur justice. Il les manda au Louvre dans son cabinet. «Vous me voyez, leur dit-il, en mon cabinet où je viens parler à vous non point en habit royal et avec l'épée et la cape, comme mes prédécesseurs, ni comme
1. Élie Benoit, Histoire de l'édit de Nantes, 1. 1", liv. VI, p. 271.