LIVRE XXV
un prince qui vient parler aux ambassadeurs étrangers, maisvèlu comme un père de famille en pourpoint, pour parier familièrement à ses enfants. Ce que je veux dire, c'est que je vous prie de vérifier l'édil que j'ai accordé à ceux de la religion. Ce que j'en ai fait, est pour le bien de la paix; je l'ai faile au dehors, je veux la faire au dedans de mon royaume. Vous me devez obéir, quaad il n'y aurait d'autre considération que de ma qualité, et obligation que m'ont mes sujets et particulièrement vous de mon parlement. J'ai remis les uns en leurs maisons dont ils étaient bannis, les autres en la foi qu'ils n'avaient plus. Si l'obéissance était due à mes prédécesseurs, il m'est dù autant et plus de dévotion, parce que j'ai rétabli l'État; Dieu m'ayant choisi pour me mettre au royaume qui est mien par héritage et acquisilion. Les gens de mon parlement ne seraient en leur siège sans moi. Je ne veux me vanter; mais je veux bien dire que je n'ai exemple à invoquer que de moi- < même. Je sais bien qu'on fait des brigues au parlement, que l'on a suscité des prédicateurs factieux, mais je donnerai bien ordre contre ceux-là et ne m'en attendrai à vous. C'est !e chemin que l'on prit pour faire des barricades et ve nir par degrés à l'assassinat du roi. Je me garderai bien de tout cela; je couperai la racine à toutes factions et à toutes prédications séditieuses, faisant accourcir tous ceux qui les suscitent. J'ai sauté sur les murailles de la ville, je sauterai bien sur les barricades. ÎN'e m'alléguez point la religion catholique: je l'aime plus que vous; je suis plus catholique que vous; je suis lils aîné de l'Église, nul de vous ne l'est, ni le peut être. Vous vous abusez si vous pensez être bien avec le pape, j'y suis mieux que vous. Quand je l'entreprendrai, je vous ferai tous déclarer hérétiques pour ne me vouloir pas obéir. J'ai plus d'intelligence que vous; vous avez beau faire, je saurai ce que chacun de vous dira. Je sais tout ce qu'il y a en vos maisons ; je sais tout ce que vous faites, tout ce que vous dites ; j'ai un petit démon qui me le révèle. Ceux qui ne désirent que' mon édit passe me veulent la gLierre; je la déclarerai demain à ceux de la religion, mais je ne la leur ferai pas. Vous irez tous avec vos robes, et vous ressemblerez la procession des capucins, qui portaient le mousquet sous leurs habits. Il vous ferait beau voir. Quand 'lous ne vou-
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(Irez pnsser l'édit vous me ferez aller au parlement. Vous serez ingrats quand vous m'aurez créé cette envie. J'appelle à témoin ceux de mon conseil qui ont trouvé l'édit bon et nécessaire pour le bien de mes affaires : M. le Connétable, MM. de Bellièvre, de Sancy, de Siliery et de Viilcroy. Je l'ai fait par leur avis et des ducs et pairs de mon royaiime. Il n'y en a pas un qui osât se dire protecteur de la religion catholique, ni qui osât nier qu'il ne m'ait donné cet avis. Je suis protecteur de la religion, je dissiperai bien les bruits que l'on veut faire. L'on s'est plaint à Paris que je voulais faire des levées de Suisses ou autres amas de troupes. Si je le faisais, il en faudrait bien juger, et ce serait pour un bon effet, par la raison de mes déportements passés; témoin ce que j'ai fait pour la reconquête d'Amiens, où j'ai employé l'argent desdits édits que vous n'eussiez passés si je ne fusse allé au parlement. La nécessité m'a fait faire ces édits pour la même nécessité que j'ai fait celui-ci. J'ai autrefois fait le soldat; on a parlé, et n'en ai pas fait semblant. Je suis roi maintenant et parle en roi; je veux être obéi. A la vérité, les gens de justice sont mon bras droit; mais si la gangrène se met au bras droit, il faut que la gauche le coupe. Quand mes régiments ne me servent pas, je les casse. Que gagnerez-vous quand vous ne me vérifierez pas mon édit? Aussi bien sera -t- il passé.»
A ces paroles vives, mordantes, spirituelles, le roi en ajouta d'autres, dont chacune était un trait acéré à l'adresse des membres du parlement. Sous le père qui gourmande, on sent le roi qui parle en maître : « Donnez à mes prières, leur dit-il en terminant, ce que vous n'auriez pas voulu donner à mes menaces; vous n'en aurez point de moi; faites ce que je vous commande au plus tôt, dont je vous prie, et ne le ferez seulement pour moi, mais aussi pour vous et le bien de la paix.»'
Les conseillers firent au monarque quelques observations et se retirèrent; bientôt après ils (irent présenter au roi un cahier contenant leurs remontrances. Henri IV les manda de nouveau au Louvre et leur fit comprendre, dans
1. L'Esfoile, année 1 590. — Mémoires de Sully, t. X , p. 1 H , année tôOO. — Bulletin de l'Histoire du protestantisme françai.";, amf'C 18:i" 1?8 et r.uiv.