‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 108 sur 235 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

un langage ferme, qu'il voulait être obéi; il leur prouva que la paix de l'État était la paix de l'Église, et leur reprocha vivement l'outrage dont ils se rendaient coupables à son égard en ne voulant pas croire à sa parole, à laquelle ses ennemis même croyaient. «Je suis, leur dit-il, en accentuant chaque mot, catholique, roi catholique romain, non catholique jésuite ; je ne suis de l'humeur de ces gens-là , ni de leurs semblables qui sont des faiseurs de tueurs de roi. »

Il insista de nouveau sur la nécessité d'assurer le repos de l'État par la paix; leur montra que sans elle la réforme de l'Église était impossible; il déplora la distinction que l'on faisait entre les catholiques et les huguenots et dit que, si les premiers voulaient convertir les seconds, ce n'était pas par la violence , mais par de bons exemples qu'ils y parviendraient. Il reprocha aux conseillers de troubler la paix du royaume par leur opposition à sa volonté, qui n'avait d'autre but que le plus grand bien de ses sujets. C'est à cette opposition qu'il attribua l'attitude hostile des réformés , auxquels il avait été contraint d'accorder la liberté de s'assembler. Il leur rappela que tous les édits faits contre eux sous Henri III, n'avaient pu les anéantir: «Quand j'étais avec eux, ajouta-t-il, à chaque nouvelle d'une nouvelle rigueur, je faisais des cabrioles; je disais, loué soit Dieu, car tantôt nous aurons quatre mille hommes, tantôt six mille hommes, et nous les trouvions enfin ; car ceux qui étaient désespérés auparavant étaient contraints de se réunir. » '

Le roi congédia les conseillers qui se retirèrent avec la conviction qu'il était résolu à les contraindre à vérifier l'édit.

L'édit fut porté au parlement ; plusieurs conseillers s'opposèrent vivement h son enregistrement , et peut-être eût-il fallu que le roi, botté, épéronné, une cravache h la main, vint leur signifier sa volonté souveraine, si Lazare Coqueley ne s'était pas prononcé en sens contraire.

1. Bulletin de l'Histoire du proleslantisme français, année 180.5, D. 128 et suiv.

L'opinion de ce conseiller ne pouvait être suspecte; il était un ancien ligueur qui, trop homme de sens pour persister à servir un parti qui cntraînaitvisiblement la France vers sa ruine, s'était rallié à la cause' royale ; il avait suivi, avec un vif intérêt, les négociations pendantes entre la cour et les réformés; son zèle pour la religion catholique ne l'avait pas aveuglé, et il comprenait ces paroles que le roi avait adressées au parlement en réponse à la présentation de ses cahiers: «J'ai désiré faire deux ménages, l'un de ma sœur, je l'ai fait; l'autre de la France avec la paix, ce dernier ne peut être que par la paix et la paix ne sera ferme que mon édit étant vérifié.»'

Coqueley laissa les opinions des opposants se faire jour, puis il prit la parole et dans un discours plein de sens, de force et d'à-propos , il montra les funestes effets de la guerre civile sur le royaume, qui ne pouvait devenir grand que par l'union des partis. Il fit un éloge juste et mérité du roi, qui avait tout sacrifié pour donner à la France le bienfait inestima'ole de la paix : «Suivons, Messieurs, leur dit-il, les vues d'un prince, dont la bonté pour nous égale la sagesse. Craignons de nous laisser conduire par un zèle indiscret qui, dans ces derniers troubles, a aveuglé tant de gens , et d'exposer la religion à un danger évident en voulant la conserver. Que la charité chrétienne anime toutes nos démarches et souffrons que des compatriotes et des concitoyens jouissent des honneurs, des privilèges et des dignités, qu'ils ont droit de partager avec nous.

«Nous ne pourrions, sans ingratitude et sans injustice, nous y opposer; en effet, lorsqu'une puissante faction, appuyée des forces de l'Espagne, attaquait cette monarchie avec tant de fureur, avec quel courage et quelle ardeur les protestants ont-ils concouru à la défense de la patrie? Ne doivent-ils pas recevoir une digne récompense de leurs services, et j cul-on, sans être injuste, la leur refuser? Après tant d ; guerres civiles, qui ont enfanté ces cabales, dont on doit craindre encore le funeste poison, après tant de batailles, aussi funestes à l'un qu'à l'autre parti, l'on ne peut douter que le royaume n'ait besoin de

1. Bulletin de l'Histoire du protestantisme français, aimée 1854, p. 134.

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paix; mais comment espérer cette tranquillité, si l'on veut chasser et séparer du corps de l'État ceux qui l'ont défendu avec tant de courage? Animés par un motif si légitime de vengeance, ne pourraient-ils pas tourner contre nous les armes dont ils se sont servis si utilement pour le salut de la nation, et pleins d'indignation, ne pourraient-ils pas détruire ce qu'ils ont pu conserver.

«Mais dira-t-on, c'est offenser Dieu, et il est dangereux de tolérer de nouvelles opinions. Au contraire. Messieurs, Dieu lui-même a peut être permis ce schisme et ces disputes de religion , afin que la crainte d'une secte ennemie fit rentrer dans leurs devoirs ces catholiques, qui, contents de conserver la foi et fiers de la justice de leur cause, se laissaient corrompre par le faste et sortaient des bornes étroites de la discipline. On peut dire que cette division dans la foi est un mal invét,cré, qui a pénétré dans toutes les parties du corps de l'Éiat et qu'il faut plutôt pallier ce mal incurable que d'en tenter la guérison.

« On a déjà employé tous les remèdes que fournit une guerre juste, si on peut donner ce nom à une guerre civile. Quels carnages affreux dans le temps même de la paix! Quels torrents de sang ont alors coulé ! Tout âge, tout sexe, toute condition, ont fourni des victimes. Il n'était pas alors permis de se plaindre ou de pleurer ses parents et ses amis. Des gardes et des espions semés de tous côtés, examinaient la douleur des malheureux, et les larmes rendaient criminels ceux qu'on ne pouvait accuser comme novateurs. La crainte et la violence avaient brisé les liens les plus sacrés de la société, et une barbarie impitoyable avait étouffé l'humanité dans tous les cœurs.

«Quel a été le fruit de toutes ces fureurs? Elles ont renouvelé les ressentiments presque éloutîés, et nous ont armé les uns contre les autres. Nos crimes et nos perfidies réciproques ont rendu odieux à toutes les nations de la terre le nom français, qu'elles respectaient autrefois. Que nous serions aveugles et insensés si, à peine sortis de tous ces dangers, nous allions échouer contre le même écueil ! Fuyons ce funeste rocher , c'est le seul moyen d'éviter le naufrage, et quittons pour toujours ces armes, dont les coups ont été jusqu'à présent si malheureux. Environnés de maux auxquels la prudence humaine ne peut

trouver de remèdes, adressons-nous à Dieu et disons avec Josaphat, ce sage roi de Juda : Lorsque nous ignorons, Seigneur, ce qu'il faut faire , notre unique ressource est de tourner les yeux vers vous.»'

Les paroles de l'ex-ligueur rallièrent à son opinion la majorité des conseillers. Le parlement arrêta, le 29 février 1599, que l'édit serait enregistré sans modifications, et qu'on remettrait à la sagesse et à la prudence du roi le soin de veiller à son exécution. •

Les parlements de province suivirent l'exemple de celui de Pans'. Quelques-uns cependant, et notamment ceux de Bordeaux et de Toulouse, opposèrent une vive résistance.

Ils envoyèrent à Paris leurs députés pour exposer au roi leurs doléances. Le 4 novembre 1599, ceux du parlement de Rouen furent introduits dans le château de Saint- Germain-en-Laye , au moment où Henri IV s'amusait avec ses enfants dans l'une des salles du château. A la vue des dépuiés il se leva, laissa ses jeux et s'avança vers eux : «Ne trouvez pas étrange, leur dit-il, de me voir ainsi folâtrer avec ces petits entants; je sais faire le fol et aussi le sage. Je viens de faire le fol avec eux, je m'en vais faire maintenant le sage avec vous et vous donner audience.» Il entra dans une chambre où le suivirent son chancelier, le maréchal d'Ornano, et les députés.

Le président Chessac prit la parole et parla pendant une heure et demie. Le roi, qui l'avait écouté avec une grande attention, lui dit que jamais il n'avait entendu un plus beau parleur que lui; après le compliment vint la critique, elle fut amère: «Je voudrais, lui dit-il, que le corps répondît au vêtement; car je vois bien que vos maximes et propositions sont les mêmes ou semblables qu'étaient celles que fit jadis le feu cardinal duc de Lorraine au feu roi en la ville de Lyon, retournant en Pologne, tendantes à remuement d'État. Nous avons obtenu la paix tant désirée, Dieu merci, la-

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