‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 110 sur 235 · V. de Thou, liv. XCVII · texte numérisé non relu

V. de Thou, liv. XCVII

3. Jacques Goyon , deuxième de nom , seigneur de Matignon , comte de Torigny, prince de Mortagne; il mourut à Bordeaux au mois de juillet 1597. — Mém. du Journ. de Pierre de l'Estoile, éd. Petitot, p. 208. — Marguerite de Valois l'appelle « un dangereux et fin Normand, un brouillon malicieux. » — Mémoires, p. 150, 153, -année 1578.

4. Voir les extraits des dépêches d'Aerssen , datées de Paris le 22 février, d'Orléans le 6 juillet et de Blois le 15 août 1599.

5. Bulletin de l'Histoire du protestantisme français, année 1853, p. 139.

HISTOIHE DE LA RÊFORMATION FRANÇAISE.

avec colère, que vous ne pouvez cacher vos mauvaises volontés. J'aperçois bien que vous avez encore de l'espagnol dans le ventre'. Et qui donc voudrait croire que ceux qui ont exposé leurs vies, biens, élals et honneurs pour la défense et consin'valion de ce royaume, seront indii^nes des charges honorables et publiques, comme ligueurs perfides et dignes qu'on leur courre sus, et qu'on les bannisse du royaume. Mais ceux qui ont employé le vert et le sec pour perdre cet Etat, seraient (à votre dire) bons Français dignes et capables de charges! Je ne suis aveugle; j'y vois clair. Je veux que ceux de la religion vivent en paix en mon royaume et soient capables d'entrer aux charges; non pas parce qu'ils sont de la religion, mais d'autant qu'ils ont été fidèles serviteurs à moi et à la couronne de France. Je veux être obéi et que mon édit soit publié et exécuté

Ïiar tout mon royaume. Il est temps que nous tous, saoués de la guerre, devenions sages à nos dépens.»' Sur ce il les congédia.

Les députés des parlements de Rouen et de Toulouse quittèrent Saint-Germain et rapportèrent à leur compagnie les paroles du roi. Les conseillers, comprenant qu'une plus longue résistance devenait inutile, enregistrèrent l'édit en lui faisant subir quelques modifications.

En présence des luttes du roi avec les membres des cours souveraines du royaume , on se demande quelle était l'utilité des parlements sous le rapport des aflaires politiques; ou bien ils avaient des droits, ou bien ils n'en avaient pas; s'ils en avaient, pourquoi le roi violait-il leurs privilèges? s'ils n'en avaient pas, pourquoi la volonté royale ne se passait-elle pas de leurs concours?

1. Bibliothèque impériale, fonds Fontette, portef. VI, pièce 17. — Bulletin de l'Histoire du protestantisme français, année 1S53, p. 137.

2. Floquet, 1. 111, p. 557. — Des conseillers du parlement de Toulouse, vaincus d'impatience ou mus de je ne sais quelle légèreté et inconstance, avaient écliaugé la toge contre la cuirasse assez mdireclemcnt (dit La Roche Flavyn, leur collègue); il y en avait eu de blessés aux assauts des villes, et plusieurs même périrent au siège de \illemur.

LIVBB XXI.

Les corps politiques ne sont grands et utiles que quand ils agissent dans la plénitude de leur souveraineté, car ils perdent de leur dignité quancf ils délibèrent et votent sous une pression étrangère... Le peuple ne voit alors en eux que des instruments d'une puissance plus haute; et là où il devrait voir des hommes il n'aperçoit que des courtisans ou des valets. Au lieu de respecter il méprise. Ce n'est que justice.

Dans les événements dont nous faisons le récit, les parlements opposèrent une résistance injuste. Ils avaient pour eux contre la volonté du roi, la légalité; mais le roi avait pour lui contre eux, le droit et la justice. Nous ne nous sentons aucun penchant pour le despotisme sous quelque forme qu'il se présente ; mais nous comprenons comment avec les passions et les haines de l'époque la puissance royale s'est élevée sur les débris des libertés parlementaires. Ce n'est jamais impunément que les corps constitués violent les lois éternelles de la justice, alors même qu'ils le font avec la lettre de leurs chartes. Ils amassent ainsi sur leurs tètes des trésors de colère et sont, sans s'en douter, les auxiliaires les plus puissants du despotisme qui n'est possible que le jour où ils ont perdu la confiance et l'estime de la nation. Les sénateurs romains qui attendent les Gaulois sur leurs chaises curules, intrépides devant la mort, sont grands. Les parlementaires qui, sur leurs sièges, enregistrent l'édit sous l'œil du maître, sont petits.

Quand le pape reçut la nouvelle de la vérification de l'édit, il s' écria: «Cetéditme crucifie"! C'est, disait-il aux cardinaux d'Ossat et de Joyeuse, le plus mauvais qu'on puisse imaginer, puisqu'il permet la liberté de conscience à tout chacun, et ce qui est la pire chose du monde, c'est qu'il permet l'épreuve partout. Cet édit, fait sous mon nez , est un affront qui n'est pas moins injurieux pour moi que si on m'avait fait une balafre. » '

Les cardinaux s'efforcèrent de le calmer, en lui prouvant

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