‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 113 sur 235 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

niMlfaileurs ; ce fut l'argument qu'on fit valoir plus tard auprès de Louis XIV; mais quand on étudie les préliminaires des négociations de l'édit, on est amené forcément à lui donner le nom de traité. Quand il fui rendu, les protestants étaient sous les armes et ils avaient plus encore de raisons de ne pas vouloir le Béarnais pour leur roi, que les ligueurs, quand ce prince n'était pas encore passé au catholicisme; par son abjuration leur ancien chef rompait le contrat qu'ils avaient fait sur les champs de bataille et qu'ils avaient signé de leur sang. Ce contrat serait -il moins légitime que ses traités avec les ligueurs? Tout ce qui s'est passé avant l'édit de Nantes éclaire la question; il ne fut pas donné le lendemain de Tabjuration pour rassurer les réformés. Plusieurs années s'écoulent , se passent en demandes d'un côté, en refus et en attermoyement de l'autre ; des négociations s'ouvrent , on discute , on demande, on refuse, on insiste, on abandonne un point, on se rabat sur un autre. Pendant quatre ans on discute les bases de cette nouvelle charte. Deux autres sulllsent à peine pour les arrêter. «Jamais, dit Elie Benoît, traité de roi à roi ou d'État à État, n'a eu plus de marques et plus de circonstances d'un véritable traité'.» De là l'obligation pour les successeurs de Henri IV de l'observer, puisque l'édit n'est qu'un contrat synallagmalique entre le roi et ses sujets de la religion réformée.

Nous ne nous sommes étendu sur ce point que pour montrer que quelque grande que fût r.mlorité royale, elle avait des limites dans lesquelles elle devait se renfermer et des engagements qu'elle ne pouvait rompre tant que les parties contractantes demeureraient fidèles à l'esprit du traité; mais ce qu'on ne saurait trop admirer, c'est la constance avec laquelle les réformés réclamèrent leurs droits à une époque où toutes les hberlés de la nation allaient s'engloutir dans la puissance royale. L'édit de Nantes fut donc tout autant leur œuvre que celle de Henri IV. '

!. Élie Benoît, 1. 1", liv. vn, p. 323.

?. Voir Auquez, Assemblées politiques des protestants — Micliciet — Henri ilaitiu — Sismondi.

L'année 1598, célèbre par l'édit de Nantes, vit mourir Philippe II.

La mort ne se jeta pas sur lui comme un oiseau de proie ; elle vint lentement; mais elle vint avec le fouet des vengeances divines et lui dressa un lit de douleur; «elle l'inonda, dit Antonio Pérès, d'une sale phlhiriasis , accompagnée de toute une armée de poux; elle ne voulait pas, dit l'e.xact narrateur, le détruire sans lui avoir fait sentir que les princes et les monarques de la terre ont d'aussi misérables et honteuses manières de sortir de la vie que ceux qui ont vécu pauvres. » '

Les témoins de cette étrange maladie furent frappés d'épouvante. Les médecins, après avoir vainement essayé d'arrêter cette invasion de poux sur le corps frêle et débile du royal malade, disaient entre eux: eccemanus Dei^. Et cependant, sur ce lit qui fait horreur et pitié, le roi était moins tourmenté de ses souffrances que du jugement à venir., Quand il sentait ce ver qui ne meurt pas, dont parle l'Évangile, attaché à son cœur et le mordre, il poussait alors de grands soupirs et disait: «J'aurais été plus heureux si j'étais né pauvre prêtre que monarque des

Le lit de mort de Philippe II présente une grande leçon pour les souverains qui dans leur orgueil croient que leur puissance n'aura point de fin; il leur crie, par la bouche de l'illustre malade, que tout est vanité et rongement d'esprit, que la force de l'homme n'est que faiblesse, que sa grandeur n'est que néant. Quel prédicateur puissant que Philippe d'Espagne, quand il fait approcher de son lit son fils et lui dit, en lui montrant le cercueil de cuivre qu'il s'était fait préparer: «Vous voyez aujourd'hui, mon fils, comment Dieu m'a déjà dépouillé de la gloire et de la majesté d'un roi pour vous en revêtir vous-même; pour moi, on me vêtira dans quelques heures d'un misérable suaire, et on me ceindra d'une pauvre corde. La couronne

1 Mignet Antonio Ferez et Philippe D, p. 380. 2. Voilà la main de Dieu.

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