‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 115 sur 235 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

de stériles regrets. Il était trop vieux pour recommencer, et trop pauvre pour lancer à la mer une nouvelle Armada.

L'édit de Nantes commençait à peine à faire entrer la France dans les voies réparatrices de la pai.x, quand soudainement elle fut sous le coup d'une fiévreuse ardeur qui inquiéta le roi et lui fit craindre d'être obligé «de faire encore le roi de Navarre. » Il ne s'agi-ssait cependant

3ue d'une intrigante que ses compères disaient possédée u démon. Cet événement, qui aujourd'hui passerait inaperçu et ne pourrait être exploité que dans quelques villages reculés de l'empire, agita toute la France, et la cour, quand on vit que le vieux parti ligueur s'en servait pour rallumer les haines et mettre encore une fois le royaume en danger.

Un tisserand de Romorantin , en Sologne, nommé Jacqijes Brossier, avait une fille atteinte d'une maladie étrange. Dégoûté de son métier, il trouva plus agréable et plus lucratif de courir le monde en conduisant avec lui cette jeune fille. Le peuple, qui est glace pour la vérité et feu pour le mensonge, accourait de tous les côtés pour voir Marthe, la possédée. La fourberie de Brossier fut découverte par les chanoines d'Orléans et de Cléry qui, par leurs actes capitulaires des 17 mars, 18 et 15 septembre 1598, firent défense aux prêtres du diocèse de recourir à l'exorcisme.

L'artisan de Romorantin quitta les environs d'Orléans et alla à Angers exercer son industrie. Cette ville avait pour évêque un homme instruit et éclairé'. Le prélat, soupçonnant une ruse, voulut, avant de procéder à l'exorcisme, s'assurer si par quelque artifice il ne la découvrirait pas, il invita Marthe Brossier à sa table et lui fit à son insu boire de l'eau bénite. Cette eau qui, selon la croyance d'alors, aurait dû la faire tomber dans des convulsions, ne fit aucun effet. Les soupçons de l'évêque s'accrurent; il lui fit bientôt après présenter de l'eau ordinaire, en lui disant que c'était de l'eau bénite. Marthe fut immédiatenaent atteinte de grandes convulsions.

C'est une ruse, se dit le prélat; cependant la voix pu-

Page 1