‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 118 sur 235 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

allèrent mourir à Romorantin dans la misère et dans l'oubli, après avoir compromis un instant par leur fourberie la tranquillité du royaume.'

Au milieu des préoccupations que donnaient au roi toutes les affaires de son royaume, dont il désirait vivement la pacification, il attendait avec impatience le bref du pape qui lui permettrait de contracter un nouveau mariage. La reine Marguerite, qui avait refusé son consentement à la dissolution de leur union, l'avait accordé dès qu'elle n'eut plus à redouter de voir prendre sa place par une femme de basse extraction. Dans son abjection, cette princesse avait conservé tout l'orgueil de sa race.

Le pape se décida et prononça la dissolution sur les instances du cardinal d'Ossat, qui négocia cette affaire avec son habilelé accoutumée.

Tout se préparait pour l'exécution de l'édit qui commençait à porter ses fruits dans le royaume, quand un événement, qui eut un grand éclat, fit croire aux catholiques à la chute prochaine de la réforme.

Mornay, dans ses heures de loisirs, avait écrit un traité sur l'institution de l'Eucharistie; dans-ce livre il maltraite le pape, et cite plus de quatre mille passages tirés des pères et des scholastiques pour prouver la fausseté du dogme de la transsubtantialion. Le nom de l'auteur, l'homme le plus honorable de son temps, donna à son ouvrage un grand retentissement; le clergé effrayé porta plainte jusqu'aux pieds du trône. Henri IV, qui désirait la fin des luttes théologiques, manifesta son mécontentement à Mornay qui, sur la couverture de son livre, avait ajouté à son nom son titre de conseiller d'Etat, ce qui pouvait faire croire que le roi était de connivence dans cette affaire. Ce fut pour l'auteur te commencement de l'aban-

l. Actes d',1 pa:-!emc:it de Paris. — Ds Thou , t. IX, eb. 23, p. 2&9 et suiv. — L'Estoile, année laOP.

don immérité dans lequel son maître le laissa. Le clergé ne put faire condamner son livre par le parlement de Bordeaux; le premier président, homme de sens, pensant avec raison que la liberté du culte emporte avec elle celle de discussion, refusa de se rendre à ses instances et lui dit qu'il était plus honorable pour lui de réfuter l'écrit de Duplessis que de le faire brûler par la main du bourreau. Impuissant de ce côté , le clergé fit insulter lâchement Mornay par ses prédicateurs, qui le signalèrent à la haine des catholiques. Pendant plusieurs jours les amis de l'auteur, craignant pour sa vie, s'opposèrent à ce qu'il parût en public. La sœur du roi lui oflrit un asile dans son hôtel.

La modération que la cour montra à l'égard de l'institution de l'eucharistie s'explique moins par sa tolérance que par la crainte de mécontenter les réformés. Le clergé, malgré les obstacles que la politique du gouvernement apportait à ses désirs, ne cessa pas ses poursuites, il fit condamner l'année suivante le livre de Mornay par un tribunal de province. Il eut la joie de le voir brûler .sur une place publique par la main du bourreau; mais pendant qu'il battait des mains il ne s'apercevait pas dans son irrélif'xion qu'on ne brûle pas les idées, et qu'un bourreau est un mauvais juge des controverses.

Mornay révendiqua ses droits et demanda qu'il lui fût permis d'appeler, du jugement qui avait condamné son livre, à la chambre de l'édit et non au conseil privé, où il ne trouverait que des personnes qui voudraient assoupir l'affaire et le laisser sons le coup de la condamnation. Ses plaintes ne furent pas écoutées. Il était dans les destinées (le l'auteur que ce livre, qui jetait tant de bruit autour de son nom, devint la cause de l'une des plus amères douleurs de sa vie.

Le traité de l'eucharistie, aujourd'hui oublié, dut sa célébrité à la violence de ses adversaires; dans leur aveuglement ils ne comprirent pas que leurs attaques étaient îe moyen de le faire lire et de soulever un esprit d'examen qu'il était dans leur intérêt d'assoupir. '

1. Le Traité de l'institution de l'Euchavislic fut condamné par la Sorbonne ; il figure dans l'index parmi le? livres hérétiques de première classe.

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