‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 119 sur 235 · LIVRE XXT · texte numérisé non relu

LIVRE XXT

Tous ceux qui avaient écrit contre Mornay, et le nombre en était grand, avaient procédé contre lui comme de nos jours on procède contre les controversistes protestants. Au lieu d'attaquer de front son ouvrage, on releva quelques citations inexactes, quelques omissions, et volontairement on oublia tout le reste. Ce procédé est peu loyal ; mais quand on a pour principe que la fm justifie les moyens, on va en avant sans pudeur et on se donne une victoire plus honteuse qu'une défaite. Tant que les adversaires de Mornay se contentèrent de le décrier et de l'injurier, il garda le silence; mais quand ils l'accusèrent d'avoir sciemment cité dans son ouvrage des textes faux, il fut vivement blessé dans son honneur. Fort de sa droiture, il publia, vers la fm de mars (1600), un écrit dans lequel il invitait ses accusateurs à se joindre à lui pour présenter une requête au roi, et lui demander des commissaires devant lesquels on pût vérifier les passages de son livre ligne après ligne.

Cet écrit tomba entre les mains de Du Perron qui y répondit le 25 mars en acceptant le défi et en offrant de prouver «que le traité de l'eucharistie contenait cinq cents énormes faussetés, de compte fait et sans hyperbole»; il écrivit en même temps au roi pour demander la conférence. Si nous n'avons pas donné quelques détails biographiques sur ce personnage important, c'est que nous nous réservions de le faire à l'un des moments de sa vie où il parut vaincre le protestantisme dans celui qui était son plus docte et son plus brillant représentant.

Davi Du Perron naquit dans la ville de Saint -Lfl en 1556. Son père, protestant réfugié, habitait Berne. Frappé de l'intelligence remarquable de son fils, il s'appliqua avec un soin particulier à en développer les heureux germes. Le jeune Davi ne les trompa pas; il se fit remarquer entre tous ses condisciples par une rare aptitude au travail, par une merveilleuse compréhension et par une mémoire extraordinaire. Il étudia les mathématiques, la philosophie, les langues; il alla à Paris où il donna des leçons pour cagner sa vie. Philippe Desportes, le poète de la cour de

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Henri III, se déclara son protecteur et lui fit obtenir le brevet de lecteur du roi avec une pension de 1200 écus.

Les manières distinguées de Du Perron, sa belle fi!,'ure, sa parole facile, -élégante, les vers qu'il adressait aux grands et aux dames, le tirent rechercher par la société élégante de Paris et le mirent à la mode. Desportes lui persuada de quitter sa religion et d'entrer dans la prêtrise romaine. Du Perron , qui , à une grande vanité joignait une plus grande ambition, suivit le conseil de son protecteur, abandonna la foi de ses pères et se fit prêtre. C'était une brillante conquête que faisait le catholicisme. Aussi les faveurs et les dignités ne manquèrent pas au transfuge du protestantisme qui, en peu d'années, de simple abbé, devint un évèque et un personnage important appelé à jouer un grand rôle dans les discussions théologiques qui alors passionnaient le monde.

Du Perron se distinguait de la plupart des prêtres par une science qui n'avait rien de factice, par des manières de grand seigneur, par un ejand aplomb et par une facilité d'élocution où il y avait plus de rhétorique que de vrai talent oratoire.

Il avait cependant quelques taches dans sa vie. Dans un mouvement de colère il avait poignardé un homme; la protection du poëte Desportes le retira des mains de la justice moyennant une somme payée aux parents de la victime. On admirait moins la piété du jeune prêtre que son esprit.

Nous avons déjà dit comment Du Perron gagna la confiance du cardinal do Bourbon qu'il voulait faire nommer roi de France au détriment de Henri IV '. Le complot fut découvert; on prétendit même qu'il l'avait dévoilé au Béarnais. Ses manières insinuantes lui gagnèrent la confiance de Gabrielle d'Estrées et celle de Henri IV. Plus tard nous trouvons le prélat occupé à Rome avec d'Ossat à servir auprès du pape les intérêts du roi avec un succès qui le mit de plus en plus en faveur et le rendit l'homme le plus important du clergé.

Un écrivain contemporain a tracé de lui ie portrait suivant :

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