‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 122 sur 235 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

roi. » Il refusa d'y souscrire et représenta à Henri IV que

les choses ne pouvaient se passer selon les désirs de son adversaire, puisqu'il s'agissait de la vérité et de l'honneur de Dieu. Il renouvela sa demande pour obtenir la communication de la liste des cinq cents passages. Le prélat s'y refusa. Mornay déclara qu'il n'assisterait pas à la conférence.

Le roi ordonna néanmoins qu'on passât outre; puis, il réfléchit que la conférence, sans la présence de l'accusé, n'aurait pas les résultats qu'il en attendait; il ordonna donc qu'une liste de soixante passages fut remise à Mornay qui ne la reçut qu'à minuit et fut obligé de rendre à six heures du matin les livres qu'on lui avait remis pour confronter les citations.

Le i mai, à une heure de l'après-midi, la conférence s'ouvrit dans la salle du bain; trois tables y étaient dressées: l'une, pour le roi, l'évêque d'Évreux etDuplessis; l'autre, pour les commissaires; la troisième, pour les secrélaires; autoui du roi étaient assis les princes, les officiers de la couronne, des évêques, des abbés et quelques protestants.

Après que le roi eut ouvert la séance et que le chancelier eut exposé le but de la conférence , Du Perron prit la parole et loua le roi de ce qu'il n'avait pas permis que dans cette controverse on touchât à la foi', dont il ne devait pas se mêler, la chose n'étant pas de sa compétence. Il protesta ensuite de son estime pour Duplessis qu'il croyait incapable de faire volontairement des citations à faux; mais il en accusa ceux qui lui avaient fourni des matériaux. En constatant la bonne foi de son adversaire, il l'accusait indirectement de légèreté et d'irréflexion.

Mornay sentit le trait, mais il ne voulut pas que les réformés fussent accusés dans sa personne; il protesta et

firit noblement sur lui seul la responsabilité des citations. 1 déclara (il aurait dû le faire plus tôt) que sur plus de quatre mille passages cités, il pouvait peut-être s'en trouxer quelques-uns où il avait pu faillir comme homme; mais que la mauvaise foi n'y avait pas présidé; c'est ce que désirait son adversaire, qui ne voulait constater que ion inexactitude.

1. Le roi n'avait pas voulu qu'il fût question de l'examen du dogme de la préseace réelle.

Parmi les passages à examiner sur les soixante , dont on lui avait fourni la liste, Mornay n'avait pu en collationner que dix-neuf pendant les six heures qu'il avait dû prendre sur son sommeil. De ces dix- neuf on n'en vénfia que neuf; voici quel en fut le résultat d'après l'Esloile :

Sur le premier, tiré de Duns Scot: Jean Dtins {ditl'Escot), près de cent ans après le concile de Latran, osa bien remettre en question si le corps de Christ est réellement \ compris sous les espèces, et dit que non, et ses fondements \ sont que la qualité ne le peut souffrir, l'évêque d'Evreux soutint que Duplessis avait pris l'objection pour la solution, et que la foi de Scot était conforme à la doctrine catholique. Duplessis le nia, et il ne fut rien prononcé.

Sur le deuxième, tiré de Durand: C est témérité de dire que le corps de Christ, par la divine vertu, ne ptiisse être au Sacrement en autre manière que par la conversion du pain en icehii, car cela semble déroger à la toute-puissance divine. Le chanceUer, les deux parties ouïes, prononça que Duplessis avait pris l'objection pour la solution. On le condamna certainement un peu vite, dit à ce sujet l'abbé de Longuerue; Durand combat certainement la trans- i substantiation. C'est ce que Duplessis soutenait, disant (|ue i Durand n'avait pas osé parler plus clairement, mais qu au j fond on voyait bien quel était son sentiment. i

Sur le troisième passage , tiré de Chrysostôme : il ne se | faut point arrêter à la prière des saints, ainsi plutôt ache- ( miner notre salut avec crainte et tremblement, la décision | des commissaires fut que Duplessis avait omis des mots essentiels en supprimant cette phrase incidente : Non que nous niions qu'il ne nous faille prier les saints, phrase jj qu'il avait omise, dit-il, parce qu elle concerne les saints i vivants, et non pas les saints morts. ,

Même décision touchant le quatrième passage , tiré aussi de Chrysostôme : Nous sommes bien plus sûrs par notre j propre suffrage que par celui d' autrui, et Dieu ne donne pas sitôt notre salut aux prières d' autrui qu'aux nôtres. Il fut , ^ décidé que ces paroles de Chrysostôme s'appliquaient aux ! ^ saints vivants. ; n

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