‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 14 sur 235 · De Thon, liv. CVI. — Davila, Hv. XIII · texte numérisé non relu

De Thon, liv. CVI. — Davila, Hv. XIII

2. Recueil des États de 1593, p. 19&. — L'Esloile, année 1593.

LITRE XXH.

Ces paroles prononcées avec toute l'artîeur d'un ligueur et le patriotisme d'un Français, déconcertèrent Féria, qui s'en étonna d'autant plus qu'il comptait Rose parmi les partisans les plus dévoués de son maître. Mayenne, qui vit son embarras, et auquel la sortie de l'évèque de Senlis n'avait pas déplu , s'approcha de l'ambassadeur: «Excusez, lui dit-il assez haut pour être entendu de tous, excusez ce bon docteur, chacun convient qu'il déraisonne la moitié de l'année.» Mayenne disait vrai : Rose était lunatique et avait des accès périodiques de folie; mais cette fois, il était dans toute la plénitude de son bon sens. Nous ne partageons pas l'opinion deLabitte qui prétend qu'il ne faut pas savoir gré à Rose de son opposition. Les belles actions, chez les ligueurs, sont trop rares pour que nous ayons le droit de nous montrer trop sévères , et quand l'Éstoile, racontant le fait, dit laconiquement: «C'était parler fort à propos pour un fol >^ , il nous paraît trop caustique. Si le sage se tait le jour où il faut parler, jeterons-nous la pierre au pauvre fou qui parle à sa place; nous croyons donc que l'apostrophe de l'évèque de Senlis lui fut dictée au moment même , par un noble mouvement d'indignation.*

Féria ne se tint pas pour battu ; il obtint que sa proposition fût soumise aux Etats. Inigo Mendoça, son docteur, parla doctement, longuement et lourdement dans l'assemblée contre la loi salique ; le légat lui vint en aide, parlant tantôt en latin, tantôt en italien; Féria parla en espagnol. L'assemblée était dans une indécision qui eût été funeste aux intérêts de la France, s'il ne se fût pas trouvé un homme pour défendre, avec autant d'éloquence que de conviction, les droits du royaume. Le procureur-général, Edouard Molé , l'ancêtre de cette noble famille des Molé , qui a donné à la France tant de grands citoyens , indigné des prétentions du parti espagnol, convoqua, de concert avec le premier président Lemaître, zélé ligueur, les chambres du parlement. Après un discours aussi remar-

1. Ch. Labitte, chap. III, g 6, p. 176-177. — Lacretelle, Guerres de religion, t. DI. — LEstcUe, année 1593.

quable par l'élévation des pensées que par le courage qu'il y déploya, il fit rendre le 28 juin 1593, un arrêt qui racheta chez les parlementaires bien des ftuites et bien des faiblesses. «Sur la remontrance faite, dit l'arrêt, par Édouard Molé , procureur-général , et la matière mise en délibération, la cour n'ayant, comme elle n'a jamais eu d'autre intention que de maintenir la religion catholique, apostolique et romaine, en l'État et couronne de France, sous la protection du roi très-chrétien, catholique et Français , a ordonné et ordonne que remontrances seront faites par M. le président Lemaître, assisté d'un bon nombre de ladite cour, à M. le lieutenant-général de l'État et couronne de France , en présence des princes et oflQeiers de la couronne, étant de présent en celte ville, à ce qu'aucun traité ne se fasse pour transférer la couronne en la main de princes ou princesses étrangers ; que les lois fondamentales du royaume seront gardées, et qu'il ait à employer l'autorité qui lui est commise pour empêcher que, sous prétexte de la religion, la couronne ne soit transférer en main étrangère , au préjudice des lois du royaume et pour venir le plus promptement que faire se pourra, au repos du peuple, pour l'extrémité duquel il est rendu; la dite cour a néanmoins, dès à-présent, déclaré et déclare tous actes faits et qui se feront ci-après pour l'établissement d'un prince ou princesse étranger, nul et de nul effet et valeur, comme fait au préjudice de la loi salique et autres lois fondamentales du royaume. » •

Cette déclaration du parlement étonna et irrita le duc de Féria: dansson arrogante bonne foi, il croyait que son maître ne pensait qu'aux intérêts et à la grandeur de la France , et lui qui n'avait vu jusqu'alors autour de lui que complaisance et servilisme, ne savait pas que chez le Français l'honneur survit même à la perte de la probité politique, que s'il peut dans un moment d'égarement ou d'extrême misère, devenir le pensionnaire de l'étranger, il ne consent jamais volontairement à se laisser gouverner par cet étranger.

^ Les États, n'osant ni blâmer ni approuver la coura-

1. Davila, liv. xm. — Mémoires de la Ugue, t. V. — L'Estoile, année 1593. — De Thou, liv. CVI.

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