‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 131 sur 235 · LIVRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXV

du grand œuvre. Que serait-elle devenue sous la tutelle des hommes qui jetèrent dans les prisons du Saint-Office l'illustre Galilée?

Au milieu de ces points de vue si variés sur lesquels s'arrêtent nos regards, il en est un qui excite notre surprise et force notre admiration; il a un aspect qui lui est

Farticulier et offre un frappant contraste avec tout ce qui entoure : c'est Genève. Depuis le jour où ses citoyens brisèrent le joug de leur évêque et inscrivirent au-dessus des portes de leur ville ces trois mots: PostTenebras Lttx\ cette cité se développa moralement et intellectuellement d'une manière étonnante. Son existence, au milieu d'ennemis acharnés à sa perte, n'a son explication raisonnable que dans l'intervention de Dieu qui la garantit de leurs atteintes. Qu'elle est belle, cette ville qui ne baisse la tête ni devant le pape, ni devant les princes de la maison de Savoie, ni devant les menaces des Valois; vingt fois le clerg'; romain la croit près de sa ruine, et toujours, à l'heure du danger, Dieu lui tend une main secourable. On la hait, on la calomnie, on la menace; elle ne rallentit pas son œuvre. Ses portes sont toujours ouvertes aux victimes des persécutions romaines, et elle se venge de ses ennemis en leur envoyant la vérité chrétienne avec ses presses infatigables et ses missionnaires, qui ne demandent pour salaire de leurs travaux que la joie de mourir au service de Jésus-Christ.'

Nous apercevons cependant dans cette cité un point noir, une tache: le bûcher de l'infortuné Servet. Mais ce qui nous console, c'est que ce bûcher a, plus fait pour la tolérance religieuse que tous ceux de l'Église romaine ; il fut la grande inconséquence de la Réforme, et nous dirons avec M. Albert Rilliet : « Son erreur fut de ne pas se confier , pour protéger sa vie , aux mêmes principes qui la lui avaient donnée, et de céder à l'irrésistible tentation de comprimer par la force, dont les pouvoirs politiques lui offraient le secours et lui cachaient l'odieux, ce qu'elle aurait dû combattre par les armes seules de la persuasion. La parole l'avait mise au monde, et pour se défendre, elle

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