LIVRE XXII
geuse déclaration du parlement, attendaient les événements pour se décider. Malheureusement pour sa cause , Philippe II n'avait ni assez de doublons, ni assez de lances espagnoles pour appuyer ses prétentions. La fortune se retirait de lui; l'homme, dont le nom seul lui valait une armée: le duc de Parme était mort, et son successeur, le comte de Mansfeld faisait ressortir par sa nullité la grandeur de sa perte. L'état d'indécision, dans lequel se trouvaient les députés, s'expUque donc de lui-même.
Le Béarnais, tenu au courant des événements et des intrigues, était plein d'anxiété; il était convaincu par ce qui se passait à Surènes, que les catholiques ne reconnaîtraient jamais pour roi un prince huguenot. Le jour où il eut cette conviclion, il fut décidé. Arrivé à cette époque solennelle de sa vie , nous sentons le besoin de refouler dans notre cœur de bien légitimes regrets. C'est l'historien, et non le huguenot, qui doit écrire celle grande page d'histoire.
L'horreur de la ligue pour un roi huguenot, n'a rien qui doive nous étonner; les historiens qui se préoccupent, avant tout, de politique, sont de fort mauvais juges, quand parlant des excès de la Sainte-Union, ils la condamnent sans appel. Dans leur impartialité à l'égard des deux cultes, impartialité qui, au fond, n'est que le résultat de leur scepticisme systématique, ils ne veulent pas comprendre qu'un roi huguenot n'était pas plus possible à Paris, qu'un roi papiste à Édimbourg. Ce que l'indifférentisme religieux accepte, le zèle religieux ne peut s'en contenter; les lois morales ont leur inflexibilité comme les lois physiques. Les ligueurs ne pouvaient accepter un prince protestant, et même les plus zélés d'entre eux ne pouvaient vouloir de ce prince au prix d'une abjuration , dans la crainte qu'elle ne fût pas sincère. Le roi de Navarre avait déjà une fois abandonné le catholicisme : le roi de France pouvait l'abandonner encore; condamnons les violences des ligueurs, mais ne les accusons pas de manquer de logique. Quand ils disaient : pas de Béarnais ! vive Philippe II ! Ils étaient dans le vrai de leur rôle.
On comprend donc les ligueurs; mais on comprend moins
IIISTOinE DE LA nÉFORMATION FRANÇAISE.
les seigneurs royalistes qui, tout en élanl la personniflealion ' de l'indifférentisme religieux , n'acceptaient le Béarnais pour roi, que sous la condition de son retour à l'église catholique; cependant, quand on étudie de près leurs raisons, on les voit dans leur intérêt, leur seul Dieu. Il y a, à cet égard, dans Davila, une page d'histoire remarquable: «D'O, nous dit-il, en parlant de l'entourage du Béarnais, protestait qu'il ne voulait pas être plus longtemps trésorier sans trésor; Bellegarde, Saint-Luc, Termes, Sancy, Grillon , et tous les anciens serviteurs du roi Henri III, déploraient leur mauvaise fortune qui, après un roi d'or, leur envoyait un roi de fer. L'un, en effet, les comblait de richesses; l'autre, étroit de fortune, et non moins étroit d'âme et de naturel, ne leur offrait, pour récompense, que des guerres, des sièges et des batailles. Ils déclaraient ne vouloir pas soutenir plus longtemps la fatigue intolérable des armes, ou rester enfermés dans leurs cuirasses comme des tortues , avec du fer sur la poitrine et du fer sur les épaules. Un roi élevé à la huguenote, courant jour et nuit pour vivre de rapine avec ce qu'il pouvait trouver dans les chaumières des malheureux paysans , se chauffant à l'incendie de leurs maisons, et couchant à l'écurie avec leurs chevaux , ou dans la puanteur d'une bergerie , n'était pa.*. leur fait. A la bonne heure, de faire la guerre un pei» Je temps pour obtenir le repos; mais à présent, ils servaient un prince qui ne se souciait pas de mettre jamais un terme au travail des armes , et qui ne cherchait d'autres délices qu'arquebusades, blessures, meurtres et batailles. Souvent le roi pouvait entendre ces propos de son antichambre, quelquefois entremêlés de jurements et de malédictions , plus souvent assaisonnés, à la manière française, d'épigrammes et de quolibets. » ' Ces paroles révèlent les causes qur amenèrent peu îi peu
il fallait qu'il abattît la ligue en montant de nouveau à cheval, ou bien qu'il la paralysât en lui ôtant le prétexte qu'elle mettait sans cesse en avant pour ne pas le reconnaître roi.
Henri IV à abi
Il ne pouvait plus se faire illusion.
1. Davila, liv. XUI, p. 870. — D'Aublgné, liv. 111, chap. XXH, "). 289.