LIVRE XXVI
peuple sa bénédiction, l'évêque de Genève, Claude de Granier, prenait exactement le nom de tout arrivant, Lorrain, Suisse, Savoisien, Turinois, Bourguignon, Français; quand il s'était assuré que la dévotion seule l'avait attiré à Thonon pour y gagner des indulgences attachées au jubilé, il enflammait son imagination en lui parlant de Genève. «C'est cette ville maudite qu'il faut prendre, lui disait-il; de sa chute dépend celle de l'hérésie.» Le prélat lui dévoilait alors le plan de la conjuration qui avait l'approbation du souverain pontife ; et après lui avoir fait prêter serment sur l'hostie, il lui disait: «Ange du ciel, porte au royaume clément ceux qui obéiront. Marie, sainte mère de Dieu, tu puniras par le supplice éternel ceux qui trahiront leur serment. » *
Les Genevois ne virent pas sans appréhension la tenue du jubilé; ils se doutèrent que quelque complot se tramait contre leur ville. Plusieurs d'entre eux allèrent à Thonon et se mêlèrent à la foule des étrangers qui aflluaient de toute part. Les catholiques s'attendaient à la prochaine conversion de leurs hérétiques voisins.
Le duc crut avoir fait prendre le change aux Genevois sur le mouvement des troupes sur lesquelles il comptait pour surprendre la ville ; il arrêta en conséquence le 24 août 1600 pour le jour de l'exécution.
Ce jour -là deux artificiers français, gagnés par ses agents, devaient mettre le feu à deux mines creusées par eux : la première, sous la tour du boulevard du Pin, près le collège; la seconde, sous le bastion de la porte Neuve. La charge de poudre devait produire une explosion telle que les habitants, sous le poids de la stupeur, ne penseraient qu'à abandonner la ville qui, au même instant, vivement attaquée par les soldats de Charles-Emmanuel, serait prise sans résistance'. Ce complot fut découvert : les artificiers ne durent leur salut qu'à la fuite. Cet échec ne découragea pas Charles-Emmanuel. Conseillé par un gentilhomme, nommé d'Albigny, il étudia des plans qu'on lui soumit pour surprendre la ville hérétique; le suivant mérite d'être mentionné.