LIVRE VXVI
un profond sommeil, il s'avança intrépidement avec sa troupe jusqu'au pied des remparts de la Corraterie , ce qui lui fut rendu facile, h cause de la boue durcie par le froid; il ne voulait pas commencer l'opération de l'escalade avant d'être certain qu'il pouvait le faire sans être entendu; le moindre signal d'alarme pouvait tout compromettre. Il frappa avec une pierre à coups redoublés sur la muraille, prêta attentivement l'oreille et n'eut d'autre réponse que le silence. Au bruit qu'il faisait, sa main ne tremblait pas, mais son cœur palpitait; il renouvela plusieurs fois l'expérience; chaque fois il tendit l'oreille et n'eut d'autre réponse que le silence. «Blondel, se dit-il, a été fidèle; c'est par ici que nous devons entrer dans la ville, ce côté du rempart n'est pas gardé.» Il donne alors le signal, les échelles sortent de leurs étuis et se déboîtent; fixées solidement sur les claies, elles s'élèvent jusque sur le sommet des murs. Au pied de ces échelles un jésuite écossais, le père Alexandre, encourage les soldats. «La mort, leur dit-il, ne peut vous atteindre, vous en avez pour garant ces amulettes que je vous donne. Un gentilhomme, M. de Jannat, monte le premier. Une pierre du rempart détachée par la pression de l'échelle tombe sur lui en faisant un grand bruit.'
Un sentiment d'anxiété se manifeste parmi les Savoisiens; mais il est bientôt suivi par un moment de grande confiance. Le rempart n'est pas gardé; on se hâte; c'est à qui aura l'honneur de monter le premier. En quelques instants, et au milieu du plus profond silence, deux cents hommes ont atteint le sommet des remparts. Bernolière, qui connaît les lieux, s'avance à pas de loup vers une guérite située à cent pas environ de la porte Neuve, se jette sur la sentinelle et l'égorgé avant qu'elle ait le temps do crier au secours.
L'intrépide commandant ne doute plus du succès; il expédie un de ses soldats pour apprendre sa première opération à d'Albigny qui arrivait à Plainpalais avec le gros de sa troupe. Celui-ci croit la ville prise, et dans l'excès de sa joie il envoie à Charles-Emmanuel un courrier pour lui apprendre cette grande nouvelle.