‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 162 sur 235 · Cela va bien ... ils sont tous pendus , c'est bien fait · texte numérisé non relu

Cela va bien ... ils sont tous pendus , c'est bien fait

IIVRE XXVI.

Après l'escalade , Théodore de Bèze vécut encore près de trois ans, attendant, chaque jour, la venue de son maître, et s'y préparant par la prière et la méditation de la parole sainte. 11 ne paraissait renaître aux choses de la terre que pour s'occuper des affaires de sa patrie adoptivé qu'il chérissait de l'affection du proscrit, quand il trouve sur la terre étrangère la liberté et des cœurs pour l'aimer.

Il avait dépassé l'âge où les vieillards descendent ordinairement les froides marches de la tombe. Mais ce vieillard, qui paraissait inutile à la république, était pour elle comme le palladium de ses libertés. Elle entourait ses derniers jours de respect et d'admiration, sans que jamais le pieux vieillard ne s'enorgueillit des beaux dons qu'il avait reçus de son Dieu : sa seule joie fut de les consacrer au service du maître qui, comme un tison ardent, l'avait retiré du feu-, et lui, qui avait tant écrit, tant agi, porté si souvent le fardeau de toutes les églises, se regardait comme un serviteur inutile, et ne trouvait sa paix, sa joie et son assurance qu'en Jésus-Christ, mort pour ses péchés, ressuscité pour sa justification.

L'espérance, qu'il avait placée dans le Sauveur seul, ne fut pas trompée; il récolta, à la fin de sa longue journée, ce qu'il avait si souvent semé avec larmes.

Ses nuits étaient extrêmement pénibles à cause de ses fréquentes insomnies; il savait alors accélérer les heures en pensant à son Dieu , et en méditant comme David ses saints commandements; avec le prophète, il répétait ces paroles : «Je bénis l'Éternel! Ses conseils font le sujet de mes pensées durant les veilles de la nuit; mon âme est tranquille; ton souvenir. Seigneur, est présent à mon esprit; je pense à toi; tu as été mon aide; je tressaillerai de joie à l'ombre de tes ailes.»

Le vieillard se préparait au départ; mais il pensait à la tombe, comme le matelot au port: depuis longtemps il savait, que par de là celte terre de misère, il y a un lieu où la justice habite; c'est là qu'il reverrait Calvin, Farel, Marlorat, Pierre martyr, tous ces nobles compagnons de travail ; c'est là surtout qu'il verrait Jésus , l'agneau de Dieu ,

et alors son âme tressaillait de joie et d'allégresse et la | sombre vallée de l'ombre de la mort, vers laquelle il s'a- | vançait, s'éclairait d'une vive lumière, semblable à celle de Bethléem, la nuit où les anges, au milieu du concert des cieux, annoncèrent aux bergers la venue du Rédempteur. |||

Soutenu par le sentiment de la présence de Dieu , Théo- l|' dore de Bèze attendit dans la prière et le recueillement I l'heure suprême; elle vint enfin; son dernier soleil se leva ' le 13 octobre 1605. Quand les ministres Lafaye et Perrot aperçurent sur ses traits les avant-coureurs de la mort, ils prévinrent la compagnie des pasteurs qui vint une der- (i nière fois saluer le collègue qui, pendant tant d'années, ( l'avait dirigée avec tant d'habileté et de désintéressement. Un suprême entretien eut lieu entre les pasteurs et le mourant, sur l'excellence de la connaissance de Jésus- ; Christ. Il fut très-touché de cette marque d'intérêt, et „ s'humilia comme un petit enfant : «Pardonnez-moi, leur dit-il, les fautes et les erreurs que j'ai commises pendant mon long ministère.»

Des larmes coulaient de tous les yeux; mais ces larmes étaient moins l'expression de leur profonde douleur que celle de leur vive reconnaissance à l'égard de Dieu qui , pendant de si longues années, leur avait prêté dans le réformateur un conducteur ferme, habile, prudent, qui les avait aidé à retirer Genève des grands périls qui avaient si souvent menacé son existence ; il leur retirait sans doute l'instrument de ses miséricordes, mais il le faisait, quand leur vaisseau, battu par tant d'orages, avait jeté glorieusement l'ancre dans le port.

La présence de ses compagnons de travaux dans le ministère ranima le mourant, mais ce ne fut qu'un éclair; le lendemain il s'informa selon son habitude, de l'état de la i ville (depuis l'escalade il était devenu craintif). On lui dit que tout y était paisible; «que le Seigneur en soit béni», dit-il , et il prit un léger repas à la suite duquel survint une défaillance. On le coucha; quelques moments après il s'endormit.'

Genève porta le deuil de son réformateur auquel elle fit de splendides funérailles. Les larmes et les regrets de tout

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