LIVRE XXVII
«Qu'on me montre mon accusateur, Sire, qu'on me le nomme.»
Le roi revint plusieurs fois à la charge , et toujours il trouva le cœur du maréchal fermé à tous les efforts qu'il faisait pour le sauver. Sa patience atteignit les dernières
limites; il lui fit demander son épée
Le maréchal ouvrit les yeux : c'était trop tard. Henri IV avait prononcé le mot fatal; l'ami avait fait place au roi qui se sent contraint par la nécessité de mettre un terme à des menées coupables en faisant tomber la tôle du plus puissant de ces seigneurs royalistes qui s'étaient ralliés à sa cause après la mort de Henri HL L'acte était hardi, le moyen douloureux; mais il eût été souverainement impoliti(iue de montrer pour un grand coupable une indulgence qu'on eût prise pour de la faiblesse. Rosny, dans cette grave circonstance, fut au roi d'un merveilleux secours, il partagea avec lui devant l'histoire la responsabilité du g/and procès qui allait s'engager devant le parlement.
L'emprisonnement de Biron causa une profonde sensation; ses amis et ses iinrenis (et ils étaient nombreux) supplièrent le roi de lui p : donner, en souvenir de ses services; il reçut leur requrie, mais il se montra ferme. «Faites tout ce que vous pourrez, leur dit-il, pour établir son innocence. »
La vieille mère de Biron intercéda aussi pour son malheureux (ils. Tout fut inutile; il ne restait au maréchal qu'à se montrer, devant ses juges, dans sa prison et sur I échafaud, digne du soldat qui avait tant de fois affronté la mort avec héroïsme , et à racheter ainsi aux yeux des hommes la honte de sa trahison.
Le parlement, à l'unanimité, reconnut la culpabilité du maréchal cl le condamna le 29 juillet à être décapité. La nouvelle de sa condamnation atterra Biron. Dans son désespoir il ne savait ni ce qu'il disait, ni ce qu'il faisait; tantôt il criait à l'injustice du roi, tantôt il faisait un appel suppliant à sa miséricorde; il pleurait, riait, gesticulait, implorait, priait, menaçait. Pour le don de la vie il eût échangé son bâton de maréchal contre une arquebuse de soldat; aucune humiliation ne lui eût coûté; il étonnait autant par ses défaillances que par la grandeur ÙB sou wâ-lkt^ur.
Le 31 juillet, vers cinq heures du soir, le chancelier se
présenta dans la chapelle où il avait été déposé.
— C'est le moment de partir, lui dit le magistrat. Biron tressaillit d'etlroi: il avait compris, il demanda
un instant pour se recueillir, se dirigea vers l'autel, tomha machinalement à genoux, fit sa prière et se releva; en sortant, il trouva à la porte un inconnu dont l'aspect le frappa.
— Quel est cet homme? dit-il.
— C'est l'exécuteur de l'arrêt, lui répondit-on.
A ce nom, saisi de terreur et de colère, il dit au bourreau: «Retire-toi, ne me touche pas qu'il ne soit temps!» Il ajouta : «Je ne veux pas être lié, j'irai librement à la mort, je ne veux pas mourir comme un voleur ou un esclave.»
L'exécuteur s'approcha de lui. «Ne t'approche point, lui cria Biron d'une voix tonnante, ou je t'étrangle.»
11 suivit ceux qui marchaient devant lui.
En franchissant la porte de la chapelle, il jeta sur les soldats préposés à sa garde des regards pleins d'une indicible tristesse. «Mes amis, leur dit-il, je vous serais bien obligé de me donner une mousquetade. »
Puis, pensant au genre de mort qui lui était destiné, il s'écria : «Quelle pitié de mourir si misérablement et d'un coup si honteux. »
Quand le funèbre cortège fut arrivé dans la basse cour oii l'échafaud était dressé, on lut au maréchal son arrêt de mort; Biron protesta de son innocence.
— Pensez à votre salut, lui dirent les théologiens qui avaient été chargés de l'assister au moment suprême. Il ne les écouta pas; se banda lui-mênie les yeux. «Je veux, dit-il, selon l'avis de Vespasien, mourir debout.»
— Maréchal, lui dit le bourreau, il faut vous mettre à genou.x.
— Non, répondit-il, si tu ne peux pas m'aballre en un coup, mets en trente, je ne bougerai non plus qu'un hibou.
On le pressa de s'agenouiller, il refusa, puis il obéit.
— Permettez, Monseigneur, lui dit l'exécuteur, qu'on vous coupe les cheveux.
A ces mots le condamné, montrant le bourreau aux Bssistants, s'écria: «Je ne veux pas qu'il me louche tant