LIVRE XXVII
de la mort et expira doucement à l'âge de soixante-dix ans après un règne de quarante.'
Élisabeth avait terminé sa longue et glorieuse carrière, après avoir vu de son lit de mort ses ennemis fuir devant elle. Son histoire est inséparable de celle de la Réformalion française, et quelque jugement qu'on porte sur l'assistance qu'elle donna aux protestants, ces derniers ne peuvent qu'être reconnaissants envers une princesse qui, fidèle aux lois de sa politique, soutint au dehors le vrai protestantisme, qu'elle persécutait dans ses propres États'. Devant celte grande figure l'historien se recueille pour tracer fidèlement le portrait de la femme qui, aux faiblesses de son sexe, sut allier les qualités les plus brillantes du souverain. Dans le grand siècle, qui fut le sien, nul monarque, pas même Charles-Quint, ne la rapetisse de sa présence; elle a une grandeur qui lui est propre, et qui force ses adversaires les plus acharnés à s'incliner devant la puissance de son génie. Au milieu des p!<is éminents périls, elle fut toujours à la hauteur de sa fortune. Les Anglais, aujourd'hui comme autrefois, sont fiers de leur reine et jettent par reconnaissance un voile d'oubli sur la femme qui, chez Élisabeth, est aussi petite que, la souveraine est grande. Nous aimons chez un peuple ce sentiment de piété filiale; et cependant il ne doit jamais faire oublier les droits imprescriptibles de la vérité; car pour bien admirer, il faut préalablement estimer. Or, notre admiration pour la fille de Henri VU! est loin d'être complète; si nous rendons justice à son génie, nous ne fermons pas les yeux sur les taches de son règne.
La protestante Élisabeth fut très-peu protestante dans le sens de ce mot; elle subit la réforme plutôt qu'elle ne l'accepta. Ce qu'elle fit pour elle fut un effet de la réflexion et non de la sympathie. Comme femme et comme reine elle ne pouvait aimer le protestantisme : femme, elle haïssait sa morale austère; reine, son amour de l'indépendance ; sous ce rapport elle ressembla à François I".