‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 185 sur 235 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

cela seul révèle un grand esprit et couvre bien des fautes.

Philippe II et Elisabeth sont les deux plus grandes ligures politiques de la seconde moitié du seizième siècle; ils furent les représentants, l'un du passé, l'autre de l'avenir. Dans leur lutte opiniAtre et gigantesque la femme vainquit l'homme. Le roi catholique entraîna avec lui dans la tombe la puissance espagnole; la reine protestante fit de la pierre de son sépulcre la pierre angulaire de la puissance britannique.

L'étude de la vie de ces deux souverains offre un attrait irrésistible à l'historien qui cherche à pénétrer les causes de la grandeur et de la décadence des empires; il les suit pas à pas, et à travers la trame si multiple de leur vie, il saisit l'idée qui abaisse l'un et élève l'autre. Champion du passé et de l'immobilité, Philippe II voulut arrêter le siècle dans sa marche, et mourut à la peine. Leur lutte cependant paraissait si inégale ! le fils de Charles-Quint avait hérité de son père l'Espagne, les Flandres, l'or du nouveau monde; la France mendiait son appui; il avait pour ambassadeurs des diplomates habiles, pour généraux des tacticiens consommés, pour armée les meilleurs soldats du monde, pour serf le pape, pour flotte l'invincible Armada, pour journalistes les prédicateurs de la ligue. Elisabeth avait pour rempart la mer et l'amour de ses sujets. Elle n'eût pas été sauvée , si la Réforme n'eût jeté au milieu de son peuple le puissant souffle de vie qui le régénéra. Philippe marcha d'échec en échec; du sang qu'il fit couler dans les Flandres et en France se forma un torrent dans lequel sa fortune s'engloutit; en voulant tout conquérir, il perdit tout. Possesseur de richesses immenses, il fit deux fois banqueroute, ruina son peuple, mourut obéré, laissant dans l'histoire un nom maudit, et pendant que de ses immenses possessions, comme de ses flottes, il ne restait que d'impuissants débris, la protestante Angleterre promenait sur toutes les mers son pavillon victorieux. Depuis cette grande époque l'Espagne n'a fait que descendre, et l'ullramonlanisme, dont elle a été la terre classique, ne lui a légué que des révolutions stériles; tandis que la Réforme a donné à la Grande-Bretagne la moralité au foyer domestique, la puissance matérielle, la liberté, l'affection pour ses souverains, le respect des lois, l'amour du sol

natal el la (in de ces révolutions qui nous aflligeal ssins nous surprendre dans les contrées où la Réforme est proscrite. Le protestantisme veut des hommes libres, l'ullramontanisme ne veut que des serfs. Le combat peut être long, opiniâtre; le résultat un moment incertain; mais le triomphe n'est pas douteux : la mort est impuissante contre la vie.

Élisabeth eut pour successeur Jacques VI, roi d'Ecosse. Le fds de Marie Stuart n'avait ni le génie d'Elisabeth, ni les grâces de sa mère : il était timide, irrésolu, dissimulé, négligent, minutieux. Il avait deux passions : celle de la chasse et celle de la controverse religieuse; la première lui faisait négliger les affaires de son royaume; la seconde le rendait ridicule. Son livre «touchant le pouvoir des rois,» qu'il fit paraître à l'occasion d'un serment qu'il avait exigé de ses sujets catholiques, fut proscrit en Espagne, brûlé à Florence, mis à l'index à Rome, interdit en France, et devint un, texte inépuisable d'attaques injurieuses et de railleries. Élisabeth avait un successeur, mais elle n'était pas remplacée; un nain avait pris la place d'un géant. Quand Sully alla, de la part de Henri IV, complimenter Jacques VI, à l'occasion de son avènement au trône, il comprit que son maître aurait dans ce prince un allié peu sûr.

Les protestants de France regrettèrent vivement Élisabeth, qui était leur protecteur le plus puissant auprès de Henri IV; et ce protecteur, ils le perdaient au moment oïl le clergé devenait de plus en plus exigeant, le pape plus soupçonneux, et où les jésuites, bannis du royaume, étaient sur le point d'y rentrer. Les passions religieuses devenaient chaque jour plus vives, et les réformés, plus zélés que charitables, ne travaillaient pas à les calmer. Leur aversion pour la papauté se révéla dans un synode national qui se réunit à Gap et qui fut l'un des plus célèbres qu'ils eussent encore tenu. Les provinces suivantes y furent représentées par leurs députés : l'Ile de France, la Picardie, la Champagne, la Bretagne, l'Orléanais, le Berry, le Nivernais, l'Anjou, le Blaisois, la Touraine,

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