‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 188 sur 235 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

L'énergie que Ferrier avait déployée le fit choisir pour l'un des députés du synode de Gap qui le nomma son vice-président, et prit ses thèses sous sa protection, en ordonnant que la proposition qu'il avait soutenue que le pape était l'Antéchrist serait insérée dans la confession de foi.

Ce nom d'Antéchrist, donné au pape par les réformés, n'était que le résultat forcé de l'attitude que l'évèque de Rome avait prise au milieu de la catholicité, en s'attachant à donner à ses fidèles un enseignement opposé à l'enseignement apostolique. Si le nom A' Antéchrist signifie opposé au Christ, comment les protestants ne le lui auraient-ils pas appliqué, puisque la cause capitale de leur séparation provenait de son abandon des traditions évangéliques; et plus tard, quand ils furent persécutés, parce qu'ils ne voulaient d'autre chef dans l'église que le Christ, comment n'auraient -ils pas vu dans le pape, leur implacable persécuteur , un ennemi du Christ ?

Malgré l'opposition énergique du roi , toutes les églises acceptèrent avec une approbation presque générale, le décret du synode. Le pape se plaignit vivement. Son nonce fit à Henri IV des plaintes amères; mais le mot était écrit, accepté, acclamé.'

La cour s'efforça de calmer l'évèque de Rome, en engageant quelques réformés influents à désavouer le nouvel article de la confession de foi. Le désaveu eut peu de poids, car il n'était pas de ceux qui étaient les plus autorisés dans le parti. Henri IV ne laissa pas prendre à cette affaire de plus grandes proportions; il l'assoupit, et défendit à la chambre mi-partie de Castres , devant laquelle Ferrier s'était pourvu contre l'arrêt du parlement de Toulouse, de continuer ses poursuites contre le pasteur de Nismes.

Le synode s'occupa de plusieurs autres affaires, dont quelques-unes d'une grande importance; il écrivit au roi en faveur du duc de Bouillon, demanda que les protes-

1. Drion, Abrégé chronol., 1. 1", p. 267. — Aymon, Synodes nationaux. — Haag, France protestante, pièces justificatives.

tants ne fussent pas obligés à se donner eux-mêmes dans les actes publics, le nom de « prétendus réformés»', fit des règlements pour les écoles et les collèges, décida la fondation de bibliothèques et de séminaires pour former la jeunesse , et se sépara après avoir montré plus de fidélité que de charité, plus de zèle que de prudence.'

La tenue du synode de Gap fut favorable aux jésuites , qui avaient été rappelés depuis quelque temps en France, et attendaient avec impatience l'enregistrement de l'édit royal.

Depuis leur bannissement, ils n'avaient cessé d'intriguer et ne s'étaient pas montré difficiles sur le choix des hommes qui pouvaient les servir auprès du roi. Ils eurent pour leur entremetteur, La Varenne, le directeur officiel des plaisirs de son maître ; ce courtisan comprit qu'en aidant au rétablissement des disciples de Loyola, il donnerait de puissants protecteurs à ses enfants qu'il voulait faire entrer dans la prêtrise. Un chapeau de cardinal pour l'un de ses fils n'était pas au-dessus de l'ambition de ce courtisan. Par son entremise , quelques jésuites commencèrent «par se couler doucement à la cour» où ils se firent humbles, petits , complaisants. Parmi eux était le père Gotton qui s'insinua si bien dans les bonnes grâces du roi qu'il le disposa à rappeler sa Société.

Avant de prendre une décision, Henri IV voulut consulter son conseil sur cette affaire : Rosny, Châteauneuf, Villeroy, Jeanin, Sillery et quelques autres se réunirent sous la présidence du chancelier Bellièvre ; La Varenne était présent. La discussion fut longue, embarrassée, les uns étaient pour, les autres contre; personne n'osait formuler nettement son avis, quoique chacun se comprit à demi mot. Sillery qui désirait le rappel, voulut faire expliquer Rosny, le plus influent des membres du conseil, à cause de la confiance que le roi lui accordait; celui-ci s'excusa, prétextant sa religion ; de Thou seul exprima nettement

1. Pour les satisfaire on imagina de les appeler ofllcleilement réformés , aux termes de l'édit.

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