‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 19 sur 235 · Clara Eugénie, seconde fille de Philippe · texte numérisé non relu

Clara Eugénie, seconde fille de Philippe

tude et l'ennui d'avoir toujours eu le halecret sur le dos, depuis l'âge de douze ans, pour disputer sa vie et sa fortune; la vie dure, âpre et languide qu'il avait écoulée pendant ce temps; l'espérance et le désir d'une plus douce et agréable pour l'avenir, et finalement quelques-uns de ses confidents et plus tendres serviteurs, entre lesquels se peut mettre sa maîtresse', y firent apporter l'absolue conclusion; les uns par supplications et larmes, les autres par remontrances, et les autres par prudence humaine , laissant le cas de conscience à part, pour opérer en lui seul. *

L'abjuration était accomplie dans l'esprit du roi, il fallait seulement traduire la volonté en fait , et surtout procéder avec décence et donner à une conversion intéressée l'apparence de la sincérité.

Parmi ses conseillers , Rosny occupait dans sa confiance la première place: il avait un bon sens ferme, beaucoup de netteté dans les idées, une rare application aux affaires et une grande persévérance dans l'exécution de ses projets. Sa religion ne dépassait pas en profondeur celle de son maître: protestant, il n'eût pas voulu se faire catholique; catholique , il ne se fût pas fait protestant. Politique avant tout, la terre le préoccupait plus que le ciel, et quand il faisait un vœu pour le Béarnais, il pensait plutôt à lui mettre sur la tête la couronne du dernier des Valois que celle d'un martyr. Tel était Rosny, ce type achevé du protestant indifférent et calculateur. Henri IV avait à son égard une liberté de langage qu'il n'avait pas avec ses autres conseillers huguenots. Rosny ne se constituait pas comme Mornay, son censeur; il le laissait s'abandonner à ses plaisirs , pourvu que les affaires de son royaume n'en souffrissent pas trop. Il pouvait donc comprendre son maître et trouver bon ce que l'austère Mornay aurait tenu pour un acte digne de la perdition éternelle. Dans ses Économies royales , il y a deux chapitres qui jettent un jour bien triste, mais bien intéressant, sur la manière dont le Béarnais fut peu à peu amené à se séparer de ses vieux compagnons d'armes.

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