‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 198 sur 235 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

«Messieurs, leur dil-il, je vous excuse, qui venez de travailler pour éteindre la ligue, et ayant trouvé un parti enflé d'intérêts particuliers, ne l'avez plutôt piqué au lieu plus sensible que vous l'avez réduit à néant. Pour vous montrer qu'il n'y a rien de pareil parmi nous, quand vous me donneriez la moitié du royaume, refusant à ces pauvres gens qui sont à la salle ce qui leur est nécessaire pour servir Dieu librement et sûrement, vous n'auriez rien avancé; mais donnez-leur ces choses justes et nécessaires et que le roi me fasse pendre à la porte de l'assemblée, vous aurez achevé et nul ne s'émouvra.»

Après l'assemblée de Chatellerault que La Trémouille ne présida pas jusqu'à la fin , il alla en Portugal o£i le roi l'envoya pour se débarrasser de lui. A son retour il se retira dans son château de Thouars où il se trouvait au moment où une nouvelle assemblée politique allait se réunir. Il y eut probablement joué un rôle très-important, si le 23 octobre 1604, la mort ne l'eût surpris; il n'avait que trente -huit ans. Le bruit courut qu'on l'avait aidé à mourir.

Henri IV apprit avec une joie qu'il ne chercha pas à dissimuler, un événement qui le délivrait d'un homme dont il redoutait le génie, et qui avait su, dans l'abandon où il l'avait laissé , mériter sa haine et conserver son estime. L'assemblée de Chatellerault lui causa dès lors des craintes moins vives. 11 s'y fit représenter par Rosny.

L'assemblée s'ouvrit le 26 juillet 1605. Son premier acte fut de renouveler, malgré l'opposition de Rosny, le serment d'union des églises. Chaque député promit de remplir fidèlement le mandat qui lui était confié.

Ce début parut de mauvais augure au ministre de Henri IV, qui dans les premières séances, se montra peu conciliant. En parlant des places de sûreté que l'édit de Hantes avait accordé à ses coreligionnaires, il dit «que les réformés devaient plus compter sur la bienveillance du roi que sur la multitude des bicoques qu'ils occupaient à titre d'otage, et dont pas une n'était en état de soutenir un siège régulier. Puis il leur communiqua les ordres

HISTOIRE DE LA nÉFOIWlATION FRANÇAISE.

royaux: «Si quelqu'un, dit-il eu (erminanl, soit député, soil seigneur, cherche à s'émanciper, j'userai de mon autorifé de gouverneur pour le réduire au devoir'.» Le ton hautain et menaçant avec lequel il parla , blessa vivement les députés. Il le comprit, et changeant tout à coup de langage, il chercha à obtenir par la diplomatie ce qu'on refuserait à ses menaces. Il obtint de l'assemblée qu'elle ne nommerait pas directement elle-même les deu.x députés généraux qui devaient la représenter à la cour, mais qu'ils seraient choisis par le roi sur une liste de six candidats nommés par elle. Il demanda de plus qu'il n'y eût plus à l'avenir d'assemblées politiques: «Elles seront inutiles, dit-il, puisque les églises ont leurs synodes provinciaux et nationaux pour s'occuper des questions de discipline et qu'elles auront leurs députés généraux à la cour pour détendre leurs intérêts politiques.»

L'assemblée refusa d'accéder aux demandes de Rosny qui parvint cependant à obtenir «que les assemblées politiques n'auraient lieu que sous la condition expresse de rendre compte des raisons qui feraient juger leurs réunions nécessaires, et de solliciter du roi la permission de se réunir'.» C'était une abdication à peu près complète de leurs droits, puisque le gouvernement demeurait à l'avenir le maître de l'époque de la convocation des assemblées et de la direction de leurs délibérations. Cette décision qui investissait la couronne d'un droit aussi grand, renfermait des germes do divisions, puisque chaque refus de la royauté devait provoquer l'esprit de résistance. Mieux eût valu renoncer à la tonue de ces réunions que de s'exposer à ces luttes dans lesquelles un parti se retranche derrière la justice et l'autre derrière la légalité; en elîet, un droit dont l'exercice dépend de la volonté d'autrui, n'est pas plus un droit que la tolérance n'est la liberté.

L'assemblée, qui céda sur une grande question de politique, se montra inflexible sur une question de dogme. Sully demandait que le mot Antéchrist, appliqué au pape, fût retranché de la confession de foi des églises réformées;

1. Anquez, Assemblées politiques, p. 118. — Sully, Économies royales.

2. Sully, Économies royales. — Élie Benoit, Actes des assemblées t'ciiérales. — Anquez, Assemblées politiques.

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