‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 199 sur 235 · LIVRE XXVII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVII

l'assemblée répondit: Ce qui est écrit est écrit: les huguenots étaient plus religieux que politiques. Ils eussent tout cédé au roi: assemblées, places fortes, s'ils eussent été assurés qu'à l'avenir ils ne seraient plus inquiétés dans l'exercice de leur culte. Leur résistance n'avait d'autre cause que leur défiance.

L'assemblée se sépara le 9 août. Les deux députés généraux, Lanoue et Ducros, nommés par le roi sur la liste des six candidats qui lui avaient été présentés, se rendirent à la cour. Henri IV les accueillit avec bienveillance et promit de faire droit au cahier de plaintes qu'ils lui présentèrent de la part de leurs coreligionnaires, auxquels il accorda par un brevet du 10 août le droit de garder leurs places de sûreté pendant huit ans, à dater du jour de la vérification de l'édit dans les parlements.

Le maréchal de Bouillon qui avait espéré d'être soutenu par l'assemblée, fut trompé dans son attente. Les députés qui crurent voir dans sa conduite plus de politique et d'intérêt personnel que de religion, refusèrent de s'intéresser à sa cause. Se voyant délaissé, il n'attendit pas que le roi lui prît par la force ce qu'il lui était impossible de garder; il ordonna à ses gens de lui rendre ses places fortes. Quelques temps après, il fit sa paix avec le roi qui, satisfait d'avoir humilié le maréchal, le réintégra dans toutes ses possessions. Rosny reçut la récompense de l'habileté qu'il avait déployée dans ses négociations avec les réformés; il fut élevé à la dignité de duc et pair et prit le nom de Sully.

Le clergé tint une assemblée à Paris dans la même année oij les réformés en avaient tenu une à Chatellerault. L'archevêque de Vienne harangua le roi et fit dans son discours plusieurs allusions qui regardaient les protestants qu'il accusa formellement de contrevenir à l'édit de Nantes. Le prélat, au nom de ses collègues, demanda entre autres choses la publication du concile de Trente. Le roi répondit a l'archevêque d'une manière évasive, que chaque parti pouvait entendre dans"un sens favorable à sa cause.

Médiâteur entre les deux cultes, Henri IV ne pouvait

pas toujours réussir à les faire vivre en paix. Plusieurs fois il dut intervenir pour empêcher ou prévenir des collisions, dont les causes éfaient ridicules et les résultats sanglants. Le samedi 10 de ce mois (septembn; 1G05) dit l'Estoile, on trompetta des défenses par la ville de Paris, de ne plus chanter par les rues la chanson de Colas, et ce SUT peine de la hart', à cause des grandes querelles, scandales et mouvements qui en arrivaient tous les jours, même des meurtres.»'

Les protestants qui s'étaient montré si grands sur les bûchers et sur les champs de bataille , se montraient petits (levant la raillerie. Une mauvaise chanson les mit hors d'eux-mêmes; au lieu d'en rire les premiers, ils eurent la faiblesse de montrer d'abord de la mauvaise humeur, puis de l'irritalion. Ce trait de leur histoire, tout insigniliant qu'il nous apparaisse, n'est pas sans quelque intérêt au point de vue de l'étude du cœur humain qui se révèle à nous, moins dans les grands que dans les petits événements de la vie.

Au mois do septembre 4605, un vigneron d'Orléans, nommé Claude Pannier Colas perdit sa vache ^ La bête égarée se dirigea vers le hameau de Bionne, situé sur la route qui prolonge le faubourg de Bourgogne et entra dans un temple prolestant au moment du service. Le^ assistants crurent que c'était un mauvais tour des catholiques , qui montraient ainsi le mépris qu'ils professaient pour leur culte. Dans leur irréflexion, ils se ruèrent sur le pauvre animal, le tuèrent, le dépécèrent et s'en partagèrent les morceaux.*

Lorsque Colas apprit le sort de sa bête , il porta plainte au bailli d'Orléans qui condamna les protestants à lui en payer le prix, ce qu'ils firent au moyen d'une quête.

Page 1