LIVRE XXVII
L'affaire eut un grand retentissement: la moquerie s'en empara et rendit tous les protestants du royaume solidaires de la colère ridicule de leurs coreligionnaires; un grand nombre de chansons circulèrent. Celle qui eut le plus de succès fut celle intitulée : Complainte du pauvre Colas touchant l'ingratitude de sa vache\ «On la chanta partout à Paris, dit l'Estoile, par toutes les villes et les villages de France, on n'avait la tête roftipue que de cette chanson , laquelle grands et petits chantaient à l'envi l'un de l'autre, en dépit des huguenots devant la porte desquels pour les agacer, cette sotte populace la chantait ordinairement, et était déjà passé en proverbe de dire quand on voulait désigner un huguenot : « C'est la vache à Colas ou // est de la vache à Colas.y>
Plus les protestants se montraient vexés, plus les catholiques se montraient ardents à chanter la chanson ; de là, des querelles et des rixes. Près du couvent des Cordeliers, un catholique qui la chantait fut tué d'un coup d'épée par un protestant, archer des gardes de M. de la Force. Témoin de ces scènes, le roi défendit de chanter la chanson et la fit brûler en place de Grève par la main du bourreau : on la chanta davantage.
Le roi étant un jour au Louvre, dit M. Edouard Fournier', environné de ses courtisans, le duc de la Force, alors capitaine des gardes, arrivant précipitamment dans la salle, s'approcha du roi, lorsque le comte de Grammont son ennemi capital, dit d'un ton moqueur:
Voici venir La Force, Qui vient à grande force ■Voir la vache à Colas.
Le roi que cette raillerie égaya , l'ayant fait répéter h Grammont qui passait à la cour pour l'un des chefs de la grande confrérie, La Force répliqua sur-le-champ en achevant le couplet de la manière suivante:
Les cornes de la vache Serviront de panache A Grammont que voilà.