‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 205 sur 235 · LIVRE XXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXVIII

Le noble accusé qui porta sa tête sur l'échafaud, victime de sa fidélité à Charles I", se trompait : les jésuites n'ont pu justifier la conspiration des poudres, mais, ils l'ont essayé, comme ils ont essayé de faire un saint de Chatel, et un bienheureux du père Guignard. Soyons justes, et, dans cette triste et honteuse page du catholicisme romain, ne confondons pas les catholiques anglais avec les Catesby, les Percy, les Fawkes, les Oldercorne et les Garnet; ils ne trempèrent pas dans cet attentat, dont tout l'odieux retombe sur la société de Loyola, sur Catesby et ses complices.

Le complot qui avait pour but d'anéantir la Réforme, la raffermit; les protestants anglais manifestèrent leur indignation contre les coupables, et leur dégoût pour une religion qui em.ployait de semblables moyens pour parvenir à ses fins. Le jour à jamais mémorable, où Dieu les avait délivrés de la main de leurs implacables ennemis, a pris rang parmi leurs fêtes nationales. Chaque année, ils célèbrent un anniversaire qui leur rappelle l'un des crimes les plus audacieux dont les jésuites, la personnification vivante du catholicisme ultramontain, se soient rendus coupables : Guy Fawkes et le père Garnet gardèrent mieux l'Angleterre des atteintes du papisme que la plume des Du Perron et des Bellarmin.

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Henri IV tressaillit d'horreur en apprenant la conspiration des poudres. C'eût été le moment de proscrire ces moines assassins qui exerçaient le meurtre en grand. Depuis le jour où la lame du couteau de Jean Cliàtel avait brillé à ses yeux , il avait peur et cherchait dans la diplomatie ce qu'il aurait dû demander à un acte énergique qui eût mis au ban de la chrétienté ces hommes, dont les enseignements préparaient en silence le fer qui devait lui percer le sein. 11 agit à leur égard comme si la grande conspiration des poudres eût été une invention de leurs ennemis. 11 les combla de grâces et porta leur société au plus haut degré de prospérité, mais toujours fidèle à son système de juste milieu, il accorda aux protestants le droit de célébrer leur culte à Charenton, quoique l'édit

de Nantes portât qu'ils ne pourraient le faire qu'à cinq lieues de la capitale. Jusqu'à ce moment, ils se réunissaient à Ablon, mais le trajet, surtout pendant les jours d'hiver, était si diflicile, qu'il en résultait de graves inconvénients : plusieurs enfants qu'on avait apportés au temple pour y être baptisés étaient moris, et les seigneurs protestants qui étaient attachés à la cour par leurs chnryes, se plaignaient d'un éloignemcnt qui les empêchait dé rendre, le même jour, leurs devoirs à Dieu et au roi.

Quoique cette dérogation à l'édit fut insignifiante, les catholiques manifestèrent leur mécontentement. La populace de Paris s'ameuta; le roi revint en toute liate de Fontainebleau pour la comprimer. Nous reviendrons plus tard sur l'établissement du culte protestant à Charenton qui devint l'un des quartiers généraux de la Réforme.

Les jésuites, jaloux de la moindre faveur que le roi accordait à ses anciens coreligionnaires, faisaient des efforts incessants pour établir leur influence partout, mais ils rencontraient quelquefois une vive opposition de la part de certains évêques qui haïssaient cette secte turbulente et ambitieuse ; tous ceux des prêtres de l'Église romaine qui avaient un cœur vraiment français, s'affligeaient de sa prospérité croissante et blâmaient hautement le roi de sa condescendance pour des hommes dont les actes étaient trop d'accord avec leurs pernicieuses doctrines. Quand l'occasion se présentait de les humilier, ils ne la laissaient pas échapper. Un jour une vive contestation s'éleva entre quelques jésuites et les chanoines du chapitre de Notre- Dame de Paris. Les premiers demandaient au roi, par l'intermédiaire de Coton, de leur accorder son cœur pour le déposer après sa mort, dans leur église de la Flèche. Les seconds s'y opposaient, parce que leur chapitre jouissait depuis longtemps du privilège d'avoir en dépôt le cœur des rois; la discussion s'échauffant, un chanoine faisant allusion au nom de la ville pour laquelle les jésuites briguaient cet honneur, leur demanda ce qu'ils désiraient le plus ardemment, ou de mettre le cœur du roi dans La Flèche ou la fièche dans le cœur du roi? '

Le trait était cruel, il allait droit à son adresse. Les

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