‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 206 sur 235 · Élie Benoit, Kisl. de l'édit de Nantes, liv. IX, p. UO · texte numérisé non relu

Élie Benoit, Kisl. de l'édit de Nantes, liv. IX, p. UO

LtVRE XXVIII.

jésuites triomphèrent, le roi leur légua son cœur. Il le fit à sa manière, en plaisantant: «Prenez patience, Messieurs , leur dit-il, je n'ai pas envie de mourir.»

Dans la même année où ces choses se passaient (1607), les jésuites éprouvèrent à La Rochelle un échec qui leur fut très- sensible. Cette ville huguenotte troublait leur sommeil; ils résolurent de s'y installer et d'y faire prédominer leur influence; l'entreprise était difficile à cause de la haine instinctive que la population protestante portait au clergé et surtout aux jésuites; ils n'osèrent pas demander au roi la permission de laisser prêcher l'un des membres de la société dans l'église affectée au culte catholique, sachant qu'il l'aurait refusée. Ils s'adressèrent donc par l'intermédiaire de La Varenne, leur protecteur, à Beaulieu et à de Fresnes, qui accordèrent sous le nom du roi, au père Séguiran, la permission de se rendre à La Rochelle pour y prêcher. Ce prédicateur célèbre, muni de son faux passe-port, partit de Paris et se présenta hardiment aux portes de La Rochelle.

Les soldats qui étaient de garde lui demandèrent qui il était.

— Je suis, répondit-il, de la compagnie de Jésus, et je viens remplir au milieu de vous le ministère évangéîique.

— Retirez -vous, lui répondirent les factionnaires; Jésus n'a point de compagnons et vous n'avez point de lelire du roi.

Le jésuite insista, menaça: les factionnaires furent inflexibles. Séguiran fut contraint de retourner à Paris.

Le renvoi ignominieux du jésuite irrita la cour. Le roi fit semblant de participer à l'indignation générale et dit en public à Sully : «Vos gens de La Rochelle ont bien fait des leurs; est-ce là le respect qu'ils me rendent pour l'amitié que je leur porte et les gratifications qu'ils reçoivent de moi comme vous savez? Et alors il raconta avec une grande animation, tout ce qui s'était passé, déclarant qu'il saurait apprendre à ces audacieux Rochelois à respecter ses ordres.»

Sully l'écoutait avec stupéfaction, prêta partager sa colère contre ses coreligionnaires , quand le roi le prenant en particulier, lui dit: «J'ai fait ainsi le fâché pour fermer

la bouche à ceux qui ne cherchont qu'à blâmer mes actions; mais à vous je dis qu'il n'ont pas tout le tort du monde, car je n'ai ni commandé, ni été informé de telles dépèches, lesquelles j'eusse bien empêché si j'en eusse été averti. Néanmoins, il y faut pourvojr par une autre voie que par désaveu des secrétaires d'État, d'autant que cela serait tiré à conséquence jtour toutes leurs autres dépêches. Avisez quel moyen il y aura. Il me semble que le meilleur serait de leur écrire qu'ils vous envoyassent deux ou trois personnes de qualité et de créance pour traiter d'une alfaire qui leur touche inlinimcnt, afin de leur en faire les ouvertures telles que la satisfaction publique me serait rendue et qu'ils demeurent assurés qué je ne veux rien innover en leur liberté, ni sûreté.»

Sully s'associant à l'idée du roi manda aux magistrats de La Rochelle de lui envoyer des députés avec lesquels il put s'entendre sur une alîaire d'une grande importance qui les concernait. Les députés étant arrivés, «Sully, dit le père Acère, dévoila tout le mystère. Il leur dit que la chose s'était passée sans la participation du roi et qu'elle n'arriverait plus; mais qu'il fallait une réparation publique à l'autorité royale qu'on n'avait pas assez respectée; qu'ainsi le père Séguiran serait reçu dans leur ville , mais qu'au bout de quelques jours il aurait ordre de se retirer. Les députés ne parurent pas mécontents du tour que prenait le ministre d'État pour les tirer d'embarras.»'

Les députés , de retour à La Rochelle , remirent aux magistrats une lettre de Sully dans laquelle il les engageait à se soumettre aux désirs du roi; les conseils du ministre furent suivis. Séguiran reprit le chemin de la cité huguenote d'où il fut rappelé quelques jours après. La société comprit alors qu'elle avait été mystifiée.

Il n'y eut rien d'important dans le courant de l'année 1607 que le synode qui se tint à La Rochelle-. L'ouverture en fut retardée jusqu'au l" mars, parce que le roi ne voulait pas scandaliser le légat du pape qui venait assister au baptême du dauphin , en permettant une réunion dans laquelle on devait traiter la question de TAntéclirist.

1. Sully, Économies royales. — Arien, Hist. de La Rochelle, liv. VI, t. II. p, I |Ç)-1?0.

2. Il fut le dix-huitième synode national des églises réformées.

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