LIVRE XXVIII
Immédiatement après la formation de son bureau, le
synode députa au roi quelques-uns de ses membres chargés d'obtenir de lui trois choses : la première, qu'on procédât à la nomination de deux députés généraux à la place de ceux qui avaient été nommés par l'assemblée générale de Chàtellerault; la seconde, que le terme de leur mandat fût limité à un an; la troisième, que le synode ne lût tenu qu'à lui désigner deux personnes pour remplir cette charge auprès de lui.
Le roi reçut les députés avec bienveillance. Sully s'entretint souvent avec eux, leur parla avec abandon cïe l'affection que son maître portait aux protestants, et ne les laissa partir que lorsqu'il les vit disposés à seconder les Tues de la cour. 11 leur remit des lettres pour'le synode;^' dans l'une d'elles, il recommandait expressément qu'on rayât de la confession de foi le mot Antéchrist, «le pontife leur disait-il, qui occupe aujourd'hui le siège romain , ne Teut gagner les consciences que parla voie de la douceur.» Le témoignage de Sully ne persuada pas les députés; ils savaient que depuis l'édit de Kantes le pape n'avait pas renoncé au projet de les exterminer; — ils n'étaient donc pas touchés par les raisons de ceux vivant à la cour, insistaient sur la nécessité de ne pas offenser le roi et prêchaient la soumission sous toutes les formes. «Ce sont, disaient-ils en les raillant, les clairvoyants de l'Égiise, leur prévoyance leur montre des inconvénients qui nous échappent.» Ceux-ci, à leur tour, disaient de quelques membres de l'assemblée : «Ce sont les fous du synode»; nais ce furent ces fous qui maintinrent vigoureusement Burs droits; à leur tète était Charnier, dont Henri IV iisait : « S'il y a un chat à fouetter, il faut qu'il le fasse.»' Le parti de la cour à la tète duquel était Montmariin, sbtinl cependant une demi-victoire sur la question irriante de l'Antéchrist. Le roi s'était expliqué si catégorijuement sur ce point, qu'il eût été impplilique de passer vatre. Sous prétexte de surséance, dit Élie Benoit, le sy-
1. Bulletin de la soc. de l'hist. du protestant, franç (1S63). — or.rr.al inédit de Charnier, publié par Cbarlcs Read.
iiodii abandonna l'affaire et se contenta de promettre la protection des églises à ceux qui seraient inquiétés pour avoir prêché, ou confessé, ou dit, ou écrit quelque chose de celte matière, c'est-à-dire, en un mot, que la doctrine fût retenue, et qu'on tînt la question pour décidée; mais que l'intérêt de l'Etat ne permit pas qu'on l'insérât comme un article de foi parmi les autres.'
Le synode voulant montrer plus clairement qu'il ne désavouait pas la doctrine, chargea le ministre Vignier de traiter amplement la question.
Les fous du synode qui avaient cédé à demi sur la question de l'Antéchrist , refusèrent de présenter au roi une liste de six candidats sur laquelle il devait choisir les deux députés qui devaient représenter à la cour les intérêts de la cause. Ils en nommèrent seulement deux, Mirande et Yillarnoul gendre de Mornay, et supplièrent Henri IV de convoquer, dans le plus bref délai, une assemblée dans laquelle on délibérerait sur le mode à suivre pour la nomination de la députation générale.'
Le synode envoya Chamier à la cour pour présenter au roi la nomination de ses deux députés. Après six mois d'attente, il n'avait pas eu l'honneur d'être présenté au roi, «parce qu'il était de ces fous du synode qu'il n'aimait pas , de ces tètes dures que rien ne fléchit , de ces cœurs inaccessibles aux craintes et aux espérances qui sont les plus fortes machines de la cour^» Mais tout échoua devant la patience indomptable du ministre de Montélimart.
Les affaires dont il était chargé étaient moins agréables encore que sa personne ; le roi ne pouvait, après son refus, sans faire preuve de faiblesse, sanctionner la nomination de Mirande et de Villarnoul , faite contrairement à sa volonté; mais en se refusant à la sanctionner, il lui était bien diflicile de ne pas accorder la permission de tenir une nouvelle assemblée générale. Placé entre ces deux alternatives, il se décida pour la seconde , mais en y
!. Élie Benoit, Hist. de l'édit de Nantes, 1. 1", llv. IX, p. 443. —
Actes des synodes nationaux.
2. Anquèz , Assemblées politicpies des réformés de France , p. 222. — Elle se tint en 1608; ses membres étaient au uornljif de 38,
i. Élie Benoît, Hist. de l'édit de Nantes, liv. IX, p. 447.