Sully, Économiee royales
Cette entrevue explique tout ce que nous avons dit des dispositions du Béarnais , qui trouva chez les autres protestants plus de raideur que chez Rosny. Chez eux, la foi religieuse primait la foi politique ; ils ne purent donc voir, sans un grand déchirement de cœur, le roi incliner visiblement vers le catholicisme. Il allait les abandonner , et solder tant de fatigues, de privations, de sang versé, par une abjuration qui replacerait la France sous le joug de l'antéchrist : ils espéraient cependant encore. Incapables eux-mêmes d'échanger leur foi, ce trésor céleste contre des trésors périssables , ils jugeaient de leur maître par eux-mêmes. Des prières ardentes montaient vers Dieu pour lui demander de détourner de dessus la tête de son peuple fidèle cet épouvantable malheur. Dans une lettre (juin 1593) adressée aux ministres des principales églises, Mornay leur disait : « Il nous faut reconnaître que nos péchés nous ont mené là , et adorer la justice de Dieu qui les châtie bien souvent les uns par les autres, les moindres par les plus grands , aussi est-ce notre devoir comme médecins, de l'assister (le roi) de ce que Dieu a mis en nous laut que le cœur lui bat. » Théodore de Bèze , non moins aJiligé que Mornay, se hâta d'écrire au roi une lettre dans laquelle l'élève et le successeur de Calvin parle un langage que n'aurait pas désavoué son maître. Ce qui préoccupe le théologien calviniste, ce ne sont point les intérêts politiques de son parti , ce sont ceux de Dieu qui sont en jeu, c'est l'immoralité de l'acte qui va se commettre, et quand il s'adresse à la conscience du roi, sa parole est celle d'un prophète d'Israël. — «Sachez, Sire, lui dit -il, qu'en toutes vos alïaires , il ne vous faut jamais regarder ni à voire État, ni à votre propre personne, autrement tout ce que vous bâtirez sera sans vrai fondement, et si votre conseil vous mène par un autre chemin, croyez que vous êtes très-mal conduit, considérant donc spécialement ce point, et spécialement, combien de personnes ont l'œil jeté sur vous comme bien étant envoyé de Dieu ; entrez en vousmême à toute heure, et vous représentant la face de celui qui vous a tant honoré jusqu'ici , et qiii vous a destiné à