LIVRE xxvm
livres. Toute minime qu'elle fut pour l'important objet auquel elle était destinée, elle ne fut jomais épuisée. Plus tard, le.? sommes accumulées demeurant sans emploi, on s'en servit pour solder des missionnaires qui allaient de îieu en lieu molester les réformés, et des agents subalternes chargés de les solliciter à changer de religion.'
Pendant ce temps-là, la cour d'Espagne persécutait cruellement les Morisques; dans leur douleur ces infortunés regardèrent à Henri IV : « Nous nous donnons à vous, lui dirent-ils, si vous voulez nous prendre sous votre protection. » Avant de leur faire une réponse , le roi envoya sur les lieux Panissant, gentilhomme Gascon et réformé, afin de conférer avec eux. Revêtu d'un habit de cordelier, il pénétra en Espagne et sut habilement gagner leur confiance ; mais les bigots de la cour représentèrent vivement au roi que Panissant voulait les gagner à la réforme; ils le firent rappeler et remplacer par Ciavérie dont la négociation fut sans succès. Les Morisques auraient pu embrasser la réforme, jamais le catholicisme romain, à cause de l'aversion qu'ils avaient pour son culte; les bigots donc trouvèrent plus raisonnable qu'ils demeurassent mahométans que de devenir protestants et bons Français.'
Les jésuites, qui durant ces jours de paix brouillaient tout en Europe , soufDaient en France un esprit de désordre ; le père Coton , le complaisant et le confesseur du roi, divulgua les secrets que le monarque lui avait confiés, il n'eut pas la punition qu'il méritait; la cour taxa ses accusations de calomnies. Le père Gonthier rappelait dans ses discours quelques-uns des plus ardents prédicateurs de la ligue; le père Ignace Armand, souple, insinuant, cachait ses intrigues sous les dehors d'une grande humiUté. Le roi témoin de toutes ces roueries, qui neutralisaient ses bonnes intentions, en avait souvent le cœur plein d'amertume, et ne savait comment les réprimer; et lui, si courageux, si intrépide devant des fronts de bataille, se sentait désarmé devant ces sourdes menées. Il crut à tort qu'il apprivoi-