LIVRE XXV u
prochaine prédite par l'Esprit de Dieu, reconnue par plusieurs grands personnages des siècles passés.
«Dieu veuille que cela porte aux yeux et au cœur de ceux qu'elle tient enlacés en ses liens, et qu'elle empoisonne de la coupe de ses paillardises. Pour le moins certes m'assurerai-je que ceux qui liront cet écrit sans préjugé dépravé, reconnoistront combien tu as eu raison d'obéir à ce commandement céleste : Sortez d'icelle mon peuple : combien sainctement tu as quitté les hauts lieux de Beth-Âven, où on te convoquait sous le nom de Béthel : combien prudemment tu es sortie d'Egypte d'entre le peuple d'un langage étranger, pour ouïr la voix de ton espoux et servir à l'Eternel ton Dien. Voici je ne doute point que tes adversaires mesmes, s'ils ne regardent ce que tu as faict, et les causes pourquoi tu l'as faict d'un œil plus sinistre que les magiciens d'Egypte ne considéraient les miracles deMoyse, quelques Jannès et Jambrès qui te résistent, ne soient enfin conlraincts de prononcer cette vérité : C'est ici le doigt de Dieu.
«Je ne déduirai point les causes qui t'ont forcée à cette * séparation, lesquelles ont esté amplement et dignement traitées par plusieurs de tes serviteurs. Mais si nous prouvons que le Pape est l'Antéchrist, qu'avons-nous besoin de plus grande dispute?»
Le livre de Vignier fut accueilli avec des cris de joie
fiar les réformés, avec des cris de colère par les caihoiques; les jésuites, surtout, l'atlaquèrent avec violence. Le père Gonthier, prêchant devant le roi, s'exprima sur ce sujet d'une manière séditieuse et violente. Le monarque lui fit de sévères réprimandes; mais craignant qu'on ne l'accusât de partialité envers les protestants, il défendit le débit du théâtre de l'Antéchrist.
Un fait digne de remarque se passait à cette époque en Hollande : le président Jeannin , autrefois passionné ligueur, mais homme de sens, plaidait en Hollande la cause de la liberté religieuse. Le roi l'avait envoyé auprès des États pour confirmer, au nom de la France, le traité signé au nom du roi d'Espagne et des Archiducs, après avoir signé
le traité avec l'ambassadeur du roi d'Angleterre , Jeannin parla de la religion et dit que le désir aident de sonmaitre était qu'on accordât aux catholiques dans les Provinces- Unies la même liberté qu'on accordait aux protestants dans ses étals; qu'il faisait cette proposition, après la signature du traité, afin que cette concession fût censée accordée librement et sans contrainte : Le président fit valoir les services que les catholiques avaient rendus à la cause de leur patrie en combattant dans les mêmes rangs que les protestants, il insista sur le devoir de leur rendre justice en leur accordant la liberté de servir Dieu selon leur conscience, 11 montra la France sortant de ses ruines sous l'influence d'un gouvernement sage et modéré, lit un tableau saisissant des malheurs dans lesquels l'intolérance religieuse avait jeté les peuples, qui, au lieu de s'aimer, s'étaient entr'égorgés, et conclut en demandant la liberté de conscience pour les catholiques.
«Si leur attente était trompée, leur dit-il, il en arriverait, ou qu'emportés par un zèle indiscret ils auraient recours à la force pour tirer raison de la violence qu'on exerçait à leur égard, ou qu'ils abandonneraient peu à peu leur religion, mettraient Dieu en oubli et se plongeraient dans l'impiété, plus pernicieuse à la république que toute sorte de superstitions; car le superstitieux est toujours dans la crainte, et après s'être mis à couvert des châtiments des hommes, il croit toujours ne pouvoir se soustraire à la vengeance divine qui lui cause de plus grandes frayeurs. Pénétré de cette crainte salutaire, il obéit aux lois, et ne se livre pas si aisément au crime qu'un scélérat, qui, sans crainte et sans espérance après la mort, ne regarde comme criminel et honteux que ce qu'il ne peut dérober aux yeux de la justice humaine, ou ce qui peut lui attirer des châtiments.»
« Ces raisons, poursuivit-il , doivent suffire aux Etats pour les engager à contenter les catholiques. Le roi, ayant nien prévu que sa demande trouverait de l'opposition, n'a pas Toulu mettre le trouble dans la république; c'est pour cela qu'il a jugé à propos de restreindre sa prière en faveur des catholiques. Sa Majesté ne demande pas qu'on leur accorde la liberté de professer publiquement leur religion, mais qu'on leur permette seulement de le faire en parti-