LIVRE XXVITI
euHer dans leurs maisons, sans le? inquiéter sur ce sujet. Si les États jugent cette tolérance préjudiciable à la république, le roi consent qu'on prenne de justes mesures, pour obvier à tous les inconvénients qui pourraient arriver à cette occasion. »
Les États prêtèrent une sérieuse attention aux paroles si sages de Jeannin; mais ils ne donnèrent pas aux catholiques hollandais la même liberté que Henri IV avait accordée en France aux protestants; ils les tolérèrent, et sous l'empire de la tolérance, les catholiques hollandais eurent plus de vraie liberté que n'en eurent les réformés sous un édit qui leur garantissait le plein exercice de leur culte. En Hollande les catholiques furent protégés par l'esprit public contre les lois rendues contre eux. En France les réformés lurent poursuivis par l'esprit public , malgré l'édit rendu pour eux.
Nous croyons toute intolérance, en matière de liberté religieuse, mauvaise, la protestante plus encore que la catholique ; mais les plaintes des catholiques contre les protestants, lorsque ces derniers leur refusent la liberté du culte, perdent beaucoup de leur valeur, quand les protestants leur disent • «c'est vous-mêmes qui nous forcez à être intolérants , parce que nous savons que vous ne vous servirez de la liberté que vous nous demandez que pour opprimer la nôtre.» C'est ainsi que l'intolérance romaine produit l'intolérance protestante. La première émane d'un principe, la seconde d'un fait; aussi pendant que la cause de la liberté religieuse- n'a pas fait un seul pas dans les contrées où le prêtre romain domine, elle enfonce chaque jour ses racines sur le sol des nations protestantes, qui commencent à comprendre que lorsque un principe est bon , il ne faut pas regarder au mal prochain et apparent que son application peut faire. Voltaire réclama la tolérance au nom de l'indilierentisme religieux; Henri IV la voulut dans l intérêt de sa politique; le protestant doit la vouloir dans celui de la vérité, parce que l'erreur qui germe et se développe à l'abri du despotisme n'a pas d'avenir sous un gouvernement de liberté.
Quels que soient les mobiles qui ont poussé Henri IV à vouloir la libérlé religieuse , l'édit de Nantes sera aux yeux de la postérité son plus beau titre de gloire. Il montrera en lui un prince qui apprit à la grande et rude école de l'expérience qu'en matière de religion la force brutale atteint moins encore l'opprimé que l'oppresseur; et cependant ce prince qui donnait au monde un exemple que ses successeurs ne surent pas imiter, inoculait à la France le poison de ses vices. Sa cour était un lieu de débauches et de grossières dissipations; on y jouait, on s'y enivrait, on s'y prostituait' comme à Sodome et à Gomorrhe, et du milieu de ces prélats et prédicateurs, qui ne cessaient de demander des restrictions à l'édit de Nantes, il ne s'élevait pas une seule voix contre des débordements qui eussent arraché à Jérémie des lamentations plus douloureuses que celles qu'il laissait échapper de ses lèvres, à la vue de la déchéance morale des entants de Jacob. Le roi avait par moment le sentiment qu'il s'avilissait aux yeux de son peuple; dans une lettre qu'il écrivit a Sully, il nous laisse pénétrer dans les replis les plus secrets de son cœur.
«Mon ami, je vous écris cette lettre, non de ma main , mais de celle de Loménie, tant à cause qu'elle est un peu bien longue et que je me suis blessé à un pouce, que pour ce qu'elle a été ramassée de plusieurs et divers discours de mes familiers serviteurs de votre premier temps, lorsque à mon lever et à mon coucher, je leur demandais des nouvelles de ce que disent de moi, par la cour et par la ville, les langues médisantes et les^vieuses de mes prospérités. Cette lettre que j'ai commtindé à Loménie de vous écrire comme de ma main, vous dira une partie de mes sentiments là-dessus, afin que vous me disiez les vôtres lorsque je vous verrai.
« En tous lesquels discours, je ne nierai pas qu'il ne puisse y avoir quelque chose de vrai. Mais aussi dois-je dire que, ne passant pas mesure, il me devait plutôt être dit en louange qu'en blâme, et en tout cas me devrait-on excuser la licence en tels divertissements qui n'apportent ni dommage, ni incommodités à mes peuples, par forme