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deux versèrent des larmes. « Mon fils, dit la reine au jeune Louis XIII, c'est M. de Sully; il vous le faut aimer, car c'est un des meilleurs et des plus utiles serviteurs du roi votre père, et le prier qu'il continue à vous servir de même.»
Sully ne comprit pas ou ne voulut pas comprendre que l'accueil qui lui était fait, n'avait d'autre cause que la crainte qu'il inspirait ou l'espérance d'avoir les millions qu'il avait entassés dans la Bastille. Moins ambitieux ou moins cupide, il eût senti que l'heure de la retraite avait sonné pour lui. Mais soit qu'il songeât à sauver son immense fortune, soit que l'amour qu'il avait pour Henri IV se fût reporté sur son jeune successeur, il reprit sa place au conseil.
Le duc de Bouillon imita Sully , mais plus prompt que lui, il n'attendit pas qu'on lui demandât ses services, il les offrit : la reine les accepta avec empressement. En s'assurant du général des réformés, elle conjurait le danger d'un soulèvement qui eût été facile sous un gouvernement qui par sa composition, inspirait une défiance légitime. Aussi la cour se liàtn de rassurer les protestants, et le 22 mai le roi fit une déclaration par laquelle il ratifia l'édit de Nantes dans sa forme et teneur « le tenant pour perpétuel et irrévocable.» Cette déclaration fut immédiatement suivie d'un brevet qui confirmait aux protestants le droit, accordé par Henri IV, de faire leurs exercices à Charenton. — Ils crurent à la sincérité de la cour et ne mirent pas en doute qu'un roi ne peut manquer à sa parole publiquement donnée sur le cercueil de son prédécesseur. Après avoir eu un moment de grand effroi , ils se rassurèrent.
Pleuré par les protestants, par le peuple et par le§ seigneurs catholiques qui s'étaient associés à ses grands projets, le roi ne l'était ni par les jésuites, ni par le parti de la cour vendu à l'Espagne. Sa mort était arrivée au moment où à la tête d'une puissante armée , il allait abaisser l'orgueilleuse maison d'Autriche et rétablir l'équilibre européen, si longtemps dérangé par elle. Quelques heures avaient sufiî pour abaisser ceux qui étaient élevés et élever ceux qui étaient abaissés. Le pouvoir était tombé dc3 laains d'un ;^vand homme dans celle d'intri-
gants qui se réjouissaient sans contrainte de sa mort, et se préparaient à rendre à ses restes les honneurs qui lui étaient dus. Ils l'avaient déposé, revêtu de ses habits royaux, dans une des salles du Louvre, transformée en chapelle ardente, et pendant que la foule venait les larmes aux yeux, baiser son suaire et jeter sur lui un regard d'adieu, il y avait au-dessus de la salle où il reposait, des joies indécentes, sataniques. Les valets étaient devenus maîtres, et ces valets se disposaient à faire de la France, un marchepied pour le successeur de Philippe IL
Arrôtons-nous près de ce lit de parade sur lequel repose le corps de l'homme qui vit si souvent la mort en face et la trouva sous le fer d'un misérable assassin. Jugeons-le comme les Égyptiens jugeaient leurs rois, sans passion, avec justice.
Henri IV est un être multiple qu'on ne peut peindre de face que lorsqu'on a étudié ses nombreux profils. 11 y a en lui le soldat, le politique, l'écrivain , le roi, l'homme.
Le soldat est parfait: il rit, plaisante au roulement des tambours, au sifflement des balles, au bruit du canon; calme avec un éclair dans les yeux. Dans un pays où le courage militaire est si commun que la lâcheté y est inconnue, le Béarnais se distingua parmi les plus braves, mais le soldat est plus grand que le capitaine, parce que là où il aurait fallu être capitaine, il ne fut trop souvent que soldat. Il s'inspirait moins de ses réflexions passées que du moment présent ; mais il avait alors le coup d'œil rapide, juste; c'était un improvisateur de victoires et cependant Farnèse le domine de toute sa hauteur; devant ce froid italien, il se rabaisse à la taille d'un brillant colonel, mais ce colonel conquit mieux l'admiration de sa valeureuse gentilhommerie avec ses étourderies qu'il ne l'eût fait s'il eût été un Cincinnatus. Il fut l'homme de son époque, mais de son époque il n'eut pas la cruauté ; sa nature chevaleresque ne pouvait le faire descendre au rôle terrible d'un baron des Adrets ou à la froide cruauté d'un Biaise de Montluc, Il fit la guerre en adversaire loyal et