‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 223 sur 235 · LIVRE SXVIII · texte numérisé non relu

LIVRE SXVIII

Ravaillac fut amené devant Messieurs du parlement; pendant qu'il était à genoux, le greffier lut l'arrêt qui le condamnait à mort, et ordonnait qu'il serait préalablement appliqué à la question, à moins qu'il ne déclarât avec serment ce qui l'avait incité à commettre son crime, et quels étaient ceux qui l'y avaient poussé.

«Par la damnation de mon âme, dit Ravaillac, il n'y a eu homme, femme, ni autre que moi qui l'ai su.»

Les bourreaux le firent asseoir sur un fauteuil; l'opération des brodequins commença. On enfonça le premier coin; le patient poussa un grand cri. «Mon Dieu, s'écria-til, ayez pitié de mon âme, pardonnez-moi ma faute.»

— Déclarez vos complices , lui dit le greffier.

— Je n'en ai point, répondit le patient. Le bourreau enfonça le second coin.

Nouveau cri plus perçant que le premier.

Somn;é de nouveau de nommer ses complices , il répondit: «Je ne peux dire que ce que j"ai dit.»

Le bourreau continua à enfoncer le deuxième coin.

Les douleurs du condamné étaient affreuses ; il poussait des cris déchirants : «Reçois, mon Dieu, criait-il, reçois cette peine pour la satisfaction de mes péchés!»

Le bourreau mit le troisième coin.

Ravaillac se mit à trembler de tous ses membres. Son corps se couvrit de sueur, il balbutia quelques paroles et tomba en défaillance ; on relira ses pieds des brodequins; on lui jeta de l'eau sur la figure pour l'aider à reprendre ses sens ; on lui fit avaler un peu de vin et on le coucha sur un matelas, où il resta jusqu'au moment où l'exécuteur vint le prendre: c'était midi. Avant de le conduire à la place de Grève, on le supplia de dire toute la vérité.

« C'est le diable qui m'a porté à cette abominable action, répondit-il; je prie le roi, la reine et tout le monde de me pardonner.» On ne put lui arracher une autre confession.

Quand on vit qu'une plus longue insistance était inutile, on lui fit signer sa déposition et on se prépara à sortir de la Conciergerie.

Au moment du départ, du milieu des prisonniers s'éleva un cri terrible qui fil tressaillir de terreur le meurtrier. Ses compagnons de prison l'accablèiient d'injures et l'eussent mis en pièces sans l'intervention des archers A la sortie de la prison , le cortège rencontra une foule tellement compacte qu'il fallut forcer le passage pour faire avancer le tombereau ; en apercevant Ravaillnc, le peuple l'accueillit par des imprécations: les uns lui criaient m^c/iani, les autres traître, ceux-ci meurtrier, ceu\-\h parricide. L'infortuné comprit alors toute l'atrocité de son crime, et maudit les docteurs qui lui avaient enseigné dans leurs livres que de son couteau il se ferait une clef pour ouvrir le ciel ; de quelque côté qu'il portât les yeux, il ne trouvait pas un regard ami. Le même peuple qui avait fait un saint du meurtrier de Henri III, ne voyait qu'un damné dans celui de Henri IV; il avait soif de son sang; le supplice le plus atroce lui paraissait une douce punition. Rien ne manqua à celui du maître d'école d'Angoulème.

On essaya encore une fois de lui arracher une confession plus ample que cr-llcs qu'il avait déjà faites ; ce fut en vain; une foule immense , compacte, haletante, impatiente, entourait réchafaud sur lequel le palicnt était assis, tenant dans sa main droite le couteau avec lequel il avait frappé le roi.

On commença par mettre le feu à son bras; l'excès de la douleur lui arracha un cri perçant, plusieurs fois il prononça les mots Jésus, y]/«r/«. Les assistants tressaillirent de joie quand le bourreau, saisissant les tenailles, commença à lui enlever des lambeaux de chair.

Ils craignaient cependant qu'il n'allât trop vite et ne hâtât sa fm.

Ils furent satisfaits. Après le mal vint le remède plus terrible que le mal : avec du plomb fondu et de l'huile on cicatrisa ses plaies.

Rnvaillac poussait des cris affreux. Les docteurs lui demandèrent encore une fois de dire tout ce qu'il savait: «Rien de plus que ce que je vous ai dit», répondit-il. Ils voulurent alors , sur l'invitation du greffier, faire des prières pour lui; ils firent signe à la foule de faire silence. «Non, non, s'écrièrent les. -'^lîislanfs, pas de prières pour ce misérable, pour ce damné.))

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