LIVRE XXII
toujours de notre côté, il est toujours avec nous. Les romanisques feront la guerre h l'Évangile, c'est-à-dire la cognée s'élèvera contre celui qui la tient; les hommes s'armeront contré le Dieu des armées, contre le Tout- Puissant : le tout contre le rien, les soldats de l'antéchrist contre ceux de Jésus-Christ. Le combat est sans hasard, la victoire nous est assurée. Nous disons avec le prophète : Si l'Éternel n'eût point été pour nous, lorsque les hommes se sont élevés contre nous, ils nous eussent engloutis tout vivants. Sire, vous pouvez représenter à ceux qui se promettent si bon marché de nous , combien l'expérience de vos prédécesseurs les doit éloigner de leur espérance. La plupart de l'Europe avait conjuré la ruine d'une poignée de fidèles sans dignités, sans retraite, sans argent, sans amis et sans forces, sans aucun moyen pour se défendre. Le pape aiguisait les couteaux des princes, et le roi d'Esagne leur forgeait des cuirasses de ses doublons; les uisses fournissaient leurs régiments; les ducs de Lorraine et de Bar, leurs trahisons et leurs oppressions. Qu'en est-il advenu? Dieu a soufflé sur eux comme poussière ! Que devons-nous conclure de ces miraculeuses assistances de Dieu? Non, non, il n'en faut pas faire la petite bouche: si nos ennemis recommencent, s'ils veulent encore faire la guerre à Jésus-Christ , il chassera cette fois les ténèbres papales de tout le royaume. Voilà comment nous sommes intimidés des menaces de nos adversaires , voilà les issues que nous espérons de la guerre qu'ils nous feront. Partant, nous vous supplions trèshumblement de répugner à leur audace, de leur remontrer leurs vanités et leurs folies, de leur commander de laisser régner Jésus-Christ doucement et paisiblement en votre royaume, de peur qu'il ne se courrouce, que sa colère né s'embrase. Qu'ils n'espèrent plus de patience de nous; si vous ne nous faites justice d'eux, nous aurons recours. à Dieu qui nous la fera immédiatement.» •
1. Requête au roi par ceux de la religion, 1593. — Mss. de Cclbert, vol. XXXI; rel. en parchemin. — Voyez aussi dans le Bulletin de l'histoire du protestantisme, année 1852, la lettre remarquable d'un sujet du lol
Deux hommes éminents, Lanoue et Otliman, eussent certainement mêlé leurs plaintes à celles de leurs frères, si la mort, en les couchant dans la tombe, ne leur eût épargné cette grande douleur. Quand le Béarnais se disposait à abjurer, ils avaient achevé leur carrière orageuse au milieu des agitations de leur siècle, sans avoir la douceur de voir le triomphe de la cause à laquelle ils avaient tout sacrifié. L'histoire de leurs dernières années est pleine de ce puissant intérêt qui s'attache au souvenir des hommes qui, ne courbant la tête que devant Dieu seul, marchent tristes, mais non découragés, dans les âpres sentiers du devoir. ,
Après sa brillante victoire de Senlis sur les ligueurs, Lanoue se distingua dans presque tous les combats que le roi donna pour conquérir son royaume. Malheureusement, ses conseils qui respiraient la sagesse , ne furent pas toujours écoutés; lieutenant soumis, il ne dévia jamais de la ligne droite et mérita par sa loyauté le titre du « Bayard huguenot. » Il se fit ainsi sans le rechercher un piédestal oii la postérité l'a maintenu. Dans la guerre de Flandres contre Philippe II, il se couvrit de gloire ; mais le sort trahit son courage , et il devint le prisonnier de Farnèse , «préférant être pris par l'ennemi que lui tourner le dos. y> Le duc de Parme voulut le faire décapiter sous le faux prétexte qu'il avait violé la promesse qu'il avait faite en 1572, au duc d'Albe, de ne point porter les armes contre l'Espagne*. Avant de le faire, il en référa à Philippe II, qui n'y consentit pas, et le château de Limbourg devint la prison du brave capitaine huguenot. Farnèse se déshonora , en traitant avec une cruauté inouïe son prisonnier, qui souffrit du froid et de la faim dans la tour où il était renfermé : brave sur un champ de bataille , Lanoue fut héroïque dans les fers. Il ne se plaignit pas et demanda à son Sauveur de le soutenir dans ses rudes épreuves; le Dieu, qu'il avait servi avec tant de fidélKé, lui fil sentir la vérité de ces douces paroles du Crucifié : « Venez à moi vous tous qui êtes travaillés et chargés , et je vous
1 . "jclle promesse n'avait été, selon Beutivoglio, que pour un au.