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acclamations ; il s'était paré de ses plus beaux habits. Le yieux pourpoint de Henri III avait disparu, et avait fait place à un vêtement de Fa plus grande élégance. On n'eût pas dit un péchear repentant, qui va pleurer aux pieds des autels ses fautes passées, et reconnaître, en se frappant la poitrine, le mauvais exemple donné par son apostasie; — on eût dit un prince qui allait promettre à sa jeune et belle fiancée... amour et fidélité. « Sa M;ijesté, disent les récits de l'époque, éta^f revêtue d'un pourpoint et chausses de satin blanc, bas à attaches de soie blanche et souliers blancs, d'un manteau et chapeau noir.» Les rues par lesquelles il passa, pour se rendre à l'église abbatiale, étaient ornées de fleurs et de tapisseries ; le cri de : Vive le roi î retentissait sur son passage. Chacun sentait que la fin de la guerre était dans cet acte, dans lequel les seigneurs royalistes voyaient un acte de haute et habile politique , et les masses l'effet de la puissance du Saint-Esprit, qui prenant en pitié les malheurs du royaume , ouvrait enfin les yeux du descendant de Saint-Louis, sur ses erreurs : ceux des huguenots , qui plaçaient les trésors du ciel bien au-dessus de ceux de la terre, ne parurent pas dans la foule; ils cachèrent les uns leur colère, les autres leurs larmes. Ils purent croire un moment que Dieu les abandonnait, puisque le chef qu'ils avaient servi pendant si longtemps avec tant de fidélité, passait sans home, uniquement par ambition, dans le parti de leurs inmiacabies adversaires. Avec le Béarnais , ils avaient eu aes jours Dien durs et bien mauvais, mais ils ne s'étaieni jamais piaint; et, au moment oÉr ils croyaient au triomphe de leur cause, leur chef, par son abjuration, leur faisait perdre les fruits de vingt ans de combats; quelle amertume! Mais, n'était- elle pas méritée? La réforme, dont le but était d'opérer une rénovation religieuse, était devenue un parti politique; du sommet de ses glorieux bûchers , d"où elle avait gagné tant de victoires, elle était descendue sur des champs de bataille, où elle avait subi tant de défaites. Tant qu'elle fut pauvre, méprisée, et qu'elle n'eut pour chefs que des martyrs |el des inconnus, elle marcha de triomphe en triomphe; mais quand ses chefs furent des capitaines , que l'épée de fer eut remplacé l'épée de l'esprit , et qu'au lieu de verser son sang, elle s'attacha à verser celui de ses persécuteurs;
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elle s'affiiiblit. Les Bourbons lui firent plus de mal que les Valois; ces derniers, avec leur armée de prêtres et d'inquisiteurs, la trouvèrent toujours debout; les premiers, avec leur épée, la compromirent et l'épuisèrent : le Béarnais la frappa bien près du cœur. Les sociétés religieuses ne sont jamais impunément infidèles aux lois destinées à 'es régir. C'est pour ne pas l'avoir compris et s'être ap-
fiuyés sur les bras de la chair, que les huguenots virent eur chef déserter leurs rangs et tendre la main à leurs oppresseurs. Dieu, en les humiliant, futsévère, mais juste. Il les frappa à l'endroit sensible , ce qu'ils croyaient une colonne, sur laquelle ils s'appuyaient avec orgueil, se changea tout à coup en un roseau fragile; il leur montra que c'est de lui, et non des puissants de la terre, que le chrétien doit attendre sa délivrance. Revenons au Béarnais.
Que se passait-il en lui dans ce moment décisif? L'histoire ne nous le dit pas; ne pouvons-nous pas cependant, sans nous écarter des limites de la vérité, dire que l'homme qui allait déclarer à la face du monde, qu'il tenait pour fausse la foi de sa noble et pieuse mère , devait être un peu embarrassé du rôle qu'il jouait, et que le souvenir de ces fidèles huguenots dut lui donner intérieurement cet embarras , que nous appelons vulgairement mauvaise honte, et qui est l'indice certain qu'on va commettre une mauvaise action ; peut-être le surmonta-t-il et couvrit-il de la raison d'Etat un acte qui pénétrait de douleur ses braves gentilshommes huguenots, si mal récompensés de leur fidélité; peut-être aussi, sa nature vive et impressionnable lui représenta-t-elle son abandon de la foi protestante, comme un acte d'héroïsme, dont Dieu devait lui tenir compte? Quoi qu'il en soit, il avait pris ses plus beaux habits; il ne voulait pas qu'on le crût un pauvre diable, ni qu'on le crût triste. Il avait pris avec lui-même ses précautions, pour qu'on ne l'accusât ni d'hypocrisie, ni d'entraînements; mais certainement, le coup dont il allait frapper la ligue, le préoccupait plus que le soin de son salut, auquel il pensait peu.
Quand il arriva au grand portail de l'église de Saint- Denis, il trouva Monseigneur de Bourges en grand costume, qui l'attendait avec une foule de prélats, revêtus des plus beaux insignes de leur dignité. L'archevêque