‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 30 sur 235 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

était assis sur une chaise couverte de damas blanc, au dossier de laquelle étaient les armes de France et do Kavarre.

«Qui êtes-vous? dit-il au royal néophyte. — Le roi. — Que demandez-vous? — D'être reçu au giron de l'Église catholique, apostolique et romaine. — Le voulez-vous? — Oui, je le veux et le désire.» — Après avoir prononcé ces mots , le roi se mit à genoux , et dit :

«Je proteste et jure, devant la face du Dieu tout-puissant, de vivre et mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine, de la protéger et défendre envers tous, au péril de mon sang et de ma vie, renonçant à toutes hérésies contraires aux enseignements de ladite Église catholique, apostolique et romaine.» — Il remit ensuite à l'archevêque un papier, qui contenait sa profession de foi, signée de sa main; puis, il baisa dévotement l'anneau épiscopal du prélat officiant, qui lui donna l'absolution et la bénédiction, et le releva; puis, le cortège se mit en marche, et le conduisit processionnellement au chœur de l'église; et là, au milieu du vivat d'une foule enthousiaste, il réitéra à genoux devant le grand autel, et les mains posées sur les saints évangiles, son serment de vivre et de mourir dans la rehgion romaine : après, il baisa dévotement l'autel, sur le derrière duquel il fut conduit par le cardinal de Bourbon. Monseigneur de Bourges reçut sa confession , pendant que les assistants chantaient le Te Deim, et d'une telle harmonie, que les grands et les petits pleuraient de joie.

Après sa confession , qui ne fut pas longue , le roi fut conduit sous un dais d'or et de soie : la messe commença. Il l'écouta avec une grande apparence de componction, qui émerveilla et toucha les assistants. Au moment de l'élévation de l'hostie, il se prosterna par terre, les mains jointes, en frappant sa poitrine: après le chant de VAgnu» Dei, les vivats recommencèrent, et des poignées de monnaies furent jetées dans l'église au peuple , qui répondit à cette largesse par de grands applaudissements. La cérémonie était terminée; le roi, accompagné de cinq 'a six cents gentilshommes, fut reconduit à son hôtel, au son des tambours et des clairons , et au bruit de l'artillerie. Les principaux seigneurs et prélats dînèrent ensemble ; avant

le dîiier, on récila le Benedicite; après, on chanta les Grdce$ en musique; la journée était terminée.

Quelques heures avant la cérémonie, Henri FV écrivait à Gabrielle d'Estrées : «J'arrivai hier soir, et fus iiïH portuné de Dieu jusqu'à mon coucher; nous croyons la trêve, et qu'elle doit se conclure aujourd'hui; pour moi, je suis à l'endroit des ligueurs de l'ordre de Saint-Thomas: je commence à parler ce matin aux évêques, outre ceux que je vous mandais hier. Pour escorte, je vous envoie soixante arquebusiers, qui valent bien des cuirasses. L'espérance que j'ai de vous voir demain, relient ma main de vous faire un plus long discours : ce sera demain « que je ferai le saut périlleux.» A l'heure que je vous écris, j'ai cent importuns sur les épaules, qui me feront liaïr Saint- Denis, comme vous faites Mantes. Bonjour, mon cœur; venez demain de bonne heure, car il me semble qu'il y a déjà un an que je ne vous ai vue. Je baise un million de fois les belles mains de mon ange. » •

Voilà, peint par lui-même, l'homme qui, dans la basilique de Saint-Denis, se frappait la poitrine comme ua péager, et faisait publiquement devant tout son peuple, la confession de la nouvelle foi qu'il allait embrasser.

Parmi les assistants à la cérémonie , il y avait un évêque, homme droit, qui, témoin de la sacrilège comédie, dit, immédiatement après que le roi eut juré sa nouvelle confession de foi :

« Je suis catholique de vie et de profession , et trèsfidèle sujet et serviteur du roi ; vivrai et mourrai tel; mais, j'eusse trouvé aussi bon et meilleur, que le roi fût demeuré dans sa religion, qUe la changer comme il fait; car, en matière de conscience : il y a un Dieu là-haut qui nous juge, le respect duquel seul doit forcer la conscience des rois, non le respect des royaumes à couronnes, et la force des hommes. Je n'en attends que malheur!»'

Un membre du grand Conseil, très-zélé catholique, prononça, à propos de l'abjuration, ces paroles prophétiques : « Le roi est perdu ; il est tuable à celte heure : auparavant, il ne l'était pas »! '

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