‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 31 sur 235 · UVRE XXII · texte numérisé non relu

UVRE XXII

L'abjuration était consommée; le Béarnais, converti au eatholicisme, en 1572, à la vue des cadavres de ses frères assassinés, s'était de nouveau converti à la vue de la couronne de Henri III. Cet acte a été diversement jugé; les uns l'ont loué comme un acte de haute et habile politique, nécessité par les circonstances; les autres l'ont flétri avec une grande amertume ; la question n'a pas encore été résolue, quoique tout le monde soit à peu près d'jiccord que l'abjuration révéla , dans le nouveau converti , un politique consommé. Dans cette presque-unanimité de sentiments , la question se trouve en partie éclaircie; car ce qui est mauvais en soi, ne peut être légitimé par ses conséquences. La facilité avec laquelle les hommes font bon marché des principes, aveugle leur entendement et leur fait, tour à tour, prendre le bien pour le mal, et le mal pour le bien. Il est cependant bien difficile , en présence des résultats de l'abjuration, qui donnent de suite à la France paix au dedans, grandeur au dehors, de n'être pas un peu ébloui ; mais la sagesse ne nous conseille-t-elle pas aussi de ne pas céder à l'engouement du moment, et d'attendre la fin des choses , aim de porter sur elle un jugement réfléchi? C'est ce que nous voulons faire, en jugeant l'acte d'abjuration en lui-même et dans ses résultats.

Quant à l'acte, en lui-même, il est jugé; la cérémonie du 25 juillet fut une sacrilège comédie, ce qui précéda, en fut le digne prologue, et ce qui suivit en fut le dénouement. Le Béarnais n'apporta aucune sincérité dans son abjuration, il se fit catholique par intérêt; il échangea Paris contre une messe ; et pour cette messe il fit le saut périlleux, comme il l'écrivait à sa belle et ambitieuse maîtresse. Sa conversion fut donc un acte mauvais en soi , parce qu'il manqua de ce qui seul pouvait le rendre honorable : la droiture et la sincérité. Le roi donc se joua des catholiques, qui ne s'y trompèrent pas, mais qui acceptèrent les bénéfices de la conversion. Il se joua aussi de Dieu, à l'égard duquel il commit un parjure. Le jour où le fils de la pieuse Jeanne d'Albret résolut de passer au catholicisme, son jugement fut troublé; il ne vit devant lui qu'une

couronne, plus facile à ramasser sur les marches d'un autel que sur un champ de bataille; et il ne comprit pas que sa position était loin d'être désespérée. Roi chrétien, il eût pu dans une foi sincère puiser tant de forces! Une partie de la France le reconnaissait; les ligueurs et les royalistes étaient divisés: Philippe II, pauvre d'hommes et d'argent, était haï des seigneurs royalistes. La nomination d'un prince étranger, ou de l'infante avec un Lorrain, eût excité de grandes jalousies, au milieu même de la noblesse ligueuse; les Etats protestants étaient prêts à venir en aide au Béarnais; la République de Venise lui prêtait son appui; les Vaudois des vallées du Piémont ne lui demandaient que le bonheur de mourir à son service; le Sult«n lui promettait sa flotte: ses braves huguenots enhn, avaient-ils jamais été avares de leurs sueurs, de leurs biens et de leur sang; que d'éléments de succès! Tout cela lui échappa... Son cœur, amolli par les plaisirs à la cour de Catherine., ne pouvait comprendre ces belles paroles de David: «L'Eternel est ma lumière et ma délivrance, de qui aurais-je peur? l'Éternel est la force de ma vie, de qui aurais-je frayeur?» Pour s'appuyer sur Dieu, il faut ce que n'avait pas Henri IV; un cœur honnête et droit... Homme charnel, il agit selon la chair; il préféra la couronne des Valois à celle du ciel; il fut logique; l'arbre ne tombe que du côté où il penche.

Ceux qui ont approuvé l'abjuration , ne l'ont fait que parce que les résultats immédiats leur en ont paru bons. Quant à nous , nous croyons que les résultats , en définitive, n'ont été que ce qu'a été l'acte lui-même, c'est-î»-dire, mauvais; parce que, du mal le bien ne peut pas plus émaner que d'une fontaine d'eau amère jaillir une eau douce.

Nous ne sommes donc pas plus éblouis de l'état florissant de la France, après l'abjuration, que nous le sommes de celui d'un malade sortant des mains d'un empirique. Merveille! merveille! s'écrie le vulgaire ignorant, merveille ! la plaie que nul n'avait pu guérir a disparu. Erreur! la plaie est rentrée; et cependant, pendant de longs jours, la France paraît si bien guérie! les forces lui reviennent comme aux vieux aigles. Richelieu poursuit l'œuvre de Henri IV, il abaisse la maison d'Autriche, et préparc les voies à Louis "SW qui impose son nom à son siècle; et

Page 1