‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 32 sur 235 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

force le nioncît; à lui donner le nom de grand. Sous son règne, la France se couvre de monuments et de i;rands hommes! Les sciences, les arts, les lettres ont d'admirables représentants... Le théâtre a Racine et Molière; la chaire Bourdaloue, Bossuet, Massillon; la guerre, Turenne, Vauban, Luxembourg, Louvois, Duquesne. Que de grandeurs réunies autour d'un seul homme! Et comme on comprend que dans son enivrement, cet homme se soit cru un demi-dieu , et ait fait peindre et graver sur ses armoiries , son nec phiribiis impar. '

La médaille est belle; mais nous n'avons pas encore vu son revers.

L'abjuration apprit à la France à se jouer de ce qu'il y a de plus sacré dans le domaine de la conscience, et fit de Henri IV le premier pervertisseur de son royaume. Après lui, beaucoup de gentilshommes dirent : une place à la cour vaut bien une messe ; on déserta le prêche pour l'Église, et Rome eut quelques mauvais catholiques de plus. Le libre examen en religion, qui a pour conséquence immédiate le libre examen en politique , s'affaiblit avec l'affaiblissement de la réforme. Les caractères se détrempant au contact d'un monarque railleur, parjure, vicieux, on fit bon marché des libertés publiques, et dans l'espace de deux siècles, la nation ne fit entendre que deux fois sa voix, en 1614 et en 1789. Elle abdiqua entre les mains de ses rois, et se priva de ce qui fait la vraie grandeur d'un peuple, du droit de se gouverner lui-même par ses représentants; l'abdication fut telle, qu'un jour le petit-fils de Henri IV put dire, en entrant dans le parlement de Paris, botté, éperonné, une cravache à la main : «L'Etat, c'est moi ! » Et pas une seule voix n'osa s'élever contre cette monstrueuse prétention qui imposait aux descendants des vieux Francs, un gouvernement à la turque, sous le fouet d'un jeune despote de vingt ans. Ce jeune homme fit, il est vrai, de grandes choses; mais il prit à la France son dernier homme et son dernier écu; il lui prit quelque chose de plus précieux que son or et son sang : il lui enleva sa dignité , et corrompit ses mœurs par les mauvais exemples qu'il lui donna. Après une vie de

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