‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 33 sur 235 · Nul ne le surpasse · texte numérisé non relu

Nul ne le surpasse

scandales et de brillantes débauches, Louis XIV se crut religieux, et ne fut qu'un dévot à idées étroites et au cœur sans entrailles; il révoqua l'édit de Nantes, qu'il avait juré d'observer le jour de son sacre , et crut trouver dans ses dragons convertisseurs le pardon de ses nombreux péchés. Dans son aveuglement , il ne s'aperçut pas qu'il souillait son règne d'une tache indélébile, et qu'en faisant prendre aux prolestants le chemin de l'exil, il privait son royaume de leurs vertus et de leur industrie, et l'apauvrissait pour de longues années; son soleil, à son couchant, fut aussi sombre qu'il avait été brillant et radieux à son matin. Quand il mourut, nul ne le pleura, nul ne le regretta: il laissa son royaume dans un état complet d'épuisement, et la religion catholique, pour le triomphe de laquelle il avait fait tant de sacrifices et rendu tant d'arrêts iniques, s'en allait en lambeaux; en voulant la sauver, il la compromit, et lui porta un coup dont elle ne s'est plus relevée. Montaigne avait appris à la France à douter ; Louis XIV la prépara à ne croire à rien.

Le régent, qui vit de près le vieux roi, ne se sentit que mépris pour une religion dont son oncle lui paraissait la plus parfaite personnification ; il la rejeta comme quelque chose d'odieux et d'incommode, et brisant tout frein, il conduisit la France au dévergondage et à la banqueroute; à la bigotterie, succéda l'impiété; Voltaire parut, il frappa à coups redoublés sur le catholicisme, qu'il eut le malheur de confondre avec la religion du crucifié; il immola le clergé à son impitoyable raillerie, lui reprocha ses momeries et ses cruautés, et fit tomber, de ses mains, les instruments de supplice, avec lesquels il avait vaincu la réforme ; et tout cela se passait pendant que quelques àbbés battaient des mains à chacune des hardiesses du philosophe, et que l'ignoble Louis XV dînait avec Richelieu, soupait avec la du Barry, et disait avec insouciance: «Cela durera autant que moi»; puis vint Louis XVI, le bouc émissaire de sa race; la Convention le- décapita, lui, sa femme, sa sœur, ses plus fidèles serviteurs; délivrée de ses rois , la Nation fut comme une lave qui sort d'un cratère enflammé; mais cette lave, d'où devait sortir son indépendance, alla se refroidir aux pieds du vainqueur de Marengo; avec lui, la France gagna des batailles, conquit

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