‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 39 sur 235 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

Les mauvaises maximes comme les mauvaises semences portent tôt ou tard leurs fruits. La doctrine du régicide était enseignée avec tant de force et de clarté dans les (îliaires de Paris , qu'il n'est pas étonnant qu'il se soit trouvé parmi les ligueurs quelques hommes qui , prenant la place de Grève pour une place sainte, aient cru monter au ciel par cet étrange chemin. Un nommé Barrière fut de ce nomhre. Ce misérable , jeté d'abord dans le désespoir par un chagrin d'amour, fut invité par des prêtres à tuer le roi; «ce sera, lui disaient-ils en secret, une belle œuvre , qui vous rendra agréable à Dieu. » Le curé de Saint-André-des-Arcs, Aubry, loua son courage, et pour l'affermir dans son dessein, le conduisit chez Varade, recteur des Jésuites, qui leva habilement tous ses scrupules , mit sa conscience en règle et le fit confesser et communier par un autre jésuite, qui ignorait toute l'affaire, et qui, fidèle aux lois de son ordre , dut oublier tout ce qu'il avait entendu. L'assassin acheta un couteau et se mit à l'affût de sa proie. Plusieurs fois il fut sur le point d'accomplir son crime, et toujours il en fut empêché, tant il lui semblait qu'on le retirait en arrière comme s'il avait été lié «d'une corde par le milieu du corps.» Il eût fini par succomber à son horrible tentation, si la conspiration n'eût pas été découverte. Carrière fut arrêté à Melun, où il avait suivi Henri IV. Il nia tout d'abord, puis avoua à ses juges comment il avait été conduit peu à peu a ridée de tuer le roi. Il manifesta un vif repentir de son crime , et maudit ceux qui l'avaient conseillé en lui assurant «que s'il mourrait dans l'entreprise, son âme, enlevée par les anges, s'envolerait dans le sein de Dieu, où il jouirait d'une béatitude éternelle.» Il dit qu'ils l'avaient averti que s'il lui arrivait d'être pris et appliqué à la question , il se gardât bien de nommer aucun de ceux qui lui avaient

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