‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 40 sur 235 · UVRE XXIII · texte numérisé non relu

UVRE XXIII

conseillé cette action, qu'autrement il serait sûr d'être damné éternellement. '

Les juges condamnèrent Barrière à être rompu vif le 31 août 1593. L'arrêt qui le frappa accrut la haine qu'on commençait à avoir contre les jésuites ; on ne vit en eux que des séditieux et des fauteurs de troubles. L'orage qui grondait sur leur société , éclatera plus tard avec une grande violence.

Ces victoires que le roi remportait sur la ligue effrayaient les réformés ; elles avaient lieu à leurs dépens. Les hommes qui étaient infidèles à leur parti, tenaient à être fidèles à leur église et à montrer leur haine pour les huguenots. C'était une indulgence qu'ils s'administraient; le zèle du catholique amnistiait le traître. Chaque gouverneur fit ses conditions; chacun, sans doute, ne se montra pas également rigoureux, mais tous, sans exception, exigèrent que le culte catholique fût seul célébré dans les villes dont ils étaient gouverneurs.

Les protestants étaient toujours sous le poids de la douleur que leur causait l'abjuration du roi. Ils se montraient tristes et défiants; pendant si longtemps ils avaient cru une si grande apostasie impossible , et elle s'était accomplie sous leurs yeux ! des bruits alarmants venaient les troubler et ajouter à leurs craintes; ils avaient appris que des négociations étaient ouvertes avec Philippe II , dans le but de marier l'infante avec Henri IV; or, de cette alliance avec leur implacable ennemi que pouvait-il résulter, « si ce n'est d'oflrir pour douaire à la princesse les tètes des prétendus riiiiistins?»'

1. L'Esloile, année 1693. — Davila, liv. XIV. — D'Aubigné, liv. m, ph. 25, p. 299. — De Tliou, liv. CVII. — Mémoires de la liyiio, t. V, p. 430, — Bref, Discours du procès crimiii'îl fait à l'ierre Barrière, dil f a Earre, natif d'Orléans, accusé de 1 horrible et oxèerable parricide et assassinat, par lui entrepris et attenté conlre la personne du roi.

2. Mémoire de Duplessis-Mornay, t. V, p. 534-535. — Ces néfrccialions eurent lieu, mais elles échouèrent par la faute de !,a Varenne, chargé de suivre celte affaire. — Mémoires de Sully, t. II, ch. 12.

Dans l'extrémité où ils se sentaient réduits, les réformés avaient des réunions dans lesquelles ils débattaient chaudement leurs intérêts; leurs plaintes contre le roi étaient vives, fréquentes, amères; ils le traitaient de parjure, d'ingrat; on se posait la question, s'il fallait se choisir un autre protecteur, puisque Henri de Bourbon les avait abandonnés. Leurs regards se tournaient alors vers le duc de Bouillon. Les plus puissants de leurs chefs se demandaient s'ils ne devaient pas séparer leur cause de la cause royale «et empêcher, les armes à la main, qu'on n'entreprît rien contre la liberté de conscience. »

Cette dangereuse proposition fut heureusement et vivement combattue par les tièdes du parti qui étaient fatigués de guerre et ne soupiraient qu'après le repos et les dignités,

3u'ils espéraient trouver auprès du monarque à la graneur duquel ils avaient concouru. Le plus ardent de ces

avis le plus grand nombre, en leur faisant espérer que le roi n'oublierait jamais le service de ses anciens coreligionnaires et en leur montrant que la séparation de leurs intérêts de ceux du roi aboutirait à leur ruine. On décida donc que les églises enverraient au roi des députés pour lui demander des garanties pour le libre exercice de leur culte et la sûreté de leurs personnes.

Les députés des églises se dirigèrent vers la ville de Mantes pour exposer leurs pjaintes au roi; celui-ci redoutait de se trouver en présence de ces hommes qui avaient partagé ses fatigues et ses périls, et l'avaient soutenu dans ses mauvais jours. Avant de les recevoir, il demanda à Mornay de lui faire connaître ce qu'ils pensaient de son changement; celui-ci le fit dans une lettre naïve et longue dans laquelle éclatait toute la douleur de ce fidèle huguenot.

«Voyez, Sire, lui disait Mornay, par quels degrés on vous a mené à la messe; on vous disait: vous désirez la réformalion; nous sommes pleins d'abus; entrez seulement dedans , vous les répugnerez. Mais avant d'y entrer, on vous a obligé aux plus grossières et aux moins tenables.

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