‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 4 sur 235 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

occupé de ses intérêts qu'un partisan fervent de la religion qu'il était chargé de défendre les armes à la main. '

Les négociations demeurèrent pendant quelque temps secrètes ; mais quand , par le roi qui avait intérêt à ce qu'elles fussent rendues publiques, la nouvelle en parvint à Paris, les prédicateurs se déchaînèrent avec violence contre tous ceux qui parlaient de paix. «Le curé Saint-André-dcs-arcs, raconte l'Estoile, dit qu'il ne croyait pas qu'on vouiût la faire; mais que si tant était et qu'on en découvrît quelque chose, il fallait prendre les armes et faire plutôt une sédition de laquelle il serait des premiers et en tuerait autant qu'il pourrait... Le curé de Saint-Jacques excommunia ce jour-là, en son prone, tous ceux qui parlaient de paix ou qui trouveraient bon le commerce (pour l'approvisionnement de Paris) ; qu'il les excommuniait avec tous ceux qui les soutenaient, comme aussi tous ceux-là qui parlaient de recevoir ce petit teigneux.... en recourant à la messe et se faisant catholique.... Le curé de Saint-Cosme prêcha ce jour-là , que le Béarnais avait beau faire tout ce qu'il voudrait, qu'il allât à tous les diablesf qu'il allât au prêche, qu'il allât à la messe ou qu'il n'y allât point; c'était tout un.... Rose, Gueilly, Martin, Guarinus, Feu-Ardent et tous les autres prêchèrent de même et dirent qu'ils étaient d'avis, si le Saint-Père le trouvait bon, de recevoir à l'Église le Béarnais pour capucin et non pas pour roi. »*

Mayenne se sentant impuissant devant le déchaînement des passions des bourgeois de Paris, se décida à convoquer les Etats généraux dans l'espérance qu'il pourrait déjouer le projet de l'Espagne qui les demandait avec instance, dans le but de faire donner la couronne à la fille aînée de Philippe IL II prit ses mesures, et des élections sortit une assemblée, toute à son image, composée d'hommes modérés , mais sans influence sur la nation , et décriée avant même de se mettre à l'œuvre. '

Pendant que Mayenne agissait dans ses intérêts, le roi n'oubliait pas les siens , quoiqu'il eût dit à ses huguenots qifil ne les abandonnerait jamais ; ses regards étaient tou-

1. Mémoires de Villeroi, p. 79-80. — Davila, liv. XID. — Dupicssis-Momay, t. V, p. 208 et suiv L'Estoile, année 1592.

S. Davila. liv. SKU

io HISTOIRE DE LA RÈFORMATION FRANÇAISE.

jours tournés vers Rome. — Par ses agents il faisait agir auprès du pape pour savoir si, dans le cas où il abjurerait, le pontife lèverait l'excommunication qui pesait sur lui'. Clément VIII dont l'esprit était conciliant, était tri'S-embarrassé; il sentait sur sa tête la main pesante de Philippe H qu'il craignait de mécontenter, et d'un autre côté il craignait, en refusant l'absolution, d'amener la formation d'une église épiscopale indépendante de son autorité à la tête de laquelle se placerait probablement Renaud de Baume, archevêque ae Bourges, qui s'était attaché avec plusieurs autres prélats à Henri IV*. Le danger étaitgrand; ce que l'Angleterre avait fait, la France pouvait le faire , puisque le roi était disposé à abjurer. Si le pontife n'eût consulté que son propre penchant , il eût promis son absolution ; mais le fougueux Cajetan, son légat à Paris, le retenait, ou le poussait à des mesures violentes. Les papes qui ne semblent relever que de leur propre volonté, à part quelques rares exceptions, n'ont guère été que les dociles instruments de leur entourage.

Les ligueurs et les royalistes étaient mécontents; les premiers , des hésitations de Mayenne , les seconds de celles de Henri IV. La situation ne pouvait se prolonger plus longtemps sans danger pour leurs intérêts; les combats que les deux partis se livraient sur plusieurs points n'avaient d'autres résultats que d'augmenter l'apauvrissement du pays qui tendait, de plus en plus, à devenir un désert. Nous n'entrons pas dans des détails qui ne seraient qu'une fatigante répétition des mêmes scènes dans lesquelles nous verrions les royalistes et les ligueurs tour à (our vaincus et vainqueurs ; mais ne retirant de leurs luttes rien de ce qui décide définitivement du succès d'une cause; nous mentionnerons seulement les succès d'un homme appelé à jouer un grand rôle dans les événements dont nous ferons le récit On l'appelait Lesdiguières.

François de Bonne , seigneur de Lesdiguières ou des Diguières, était né à Saint-Bonnet, en Ghampsaur, le

Page 1