LIVRE XXIII
reçut leurs cahiers qu'il remit à son chancelier « et leur fit espérer de leur donner contentement. »
Les catholiques, qui n'avaient pu empêcher le roi de recevoir les députés , l'invitèrent à les renvoyer sans les satisfaire, avec la promesse seulement d'examiner leurs cahiers, et de leur répondre dans trois mois; Mornay et le maréchal de Bouillon s'y opposèrent énergiquement. «Les protestants , lui dirent-ils en insistant, ne prendront conseil que de leur désespoir, quand ils verront qu'on les amuse. » Le roi céda et il fut décidé qu'en attendant la publication d'un édit on en dresserait les statuts. Sept commissaires catholiques furent nommés à cet effet, afin d'écarter tout soupçon de partialité. Après plusieurs séances, ils ne savaient ni par où commencer ni par où finir. On leur adjoignit Mornay et le maréchal de Bouillon. Après de longues discussions, les commissaires convinrent de plusieurs articles dont voici les principaux: Rétablissement de l'édit de 1577 avec les interprétations des conférences deNérac et de Fleix; révocation des édits de la ligue; rétablissement de la religion catholique dans les lieux où elle avait été interdite par suite de la guerre ; célébration du culte réformé dans les villes de l'obéissance du roi; permission à Madame, sœur du roi, de célébrer son culte chez elle à la cour; paiement annuel d'une somme pour l'entretien des pasteurs, etc., etc.
Le travail des commissaires terminé, on le communiqua aux députés des églises, qui ne furent pas satisfaits. Les concessions leur parurent insuffisantes ; en effet , elles ne les garantissaient, ni du mauvais vouloir, ni de l'animosité des catholiques. Ils se plaignirent à Henri IV, qui leur donna en compensation la permission de convoquer des assemblées provinciales, afin d'y faire le rapport de tout ce qui s'était passé à Mantes et de se préparer à la tenue d'un synode national.
Avant de quitter Mantes , les députés , sous les yeux et avec l'approbation du roi, renouvelèrent solennellement le serment d'union des églises. En présence des maux qui leur paraissaient imminents, ces hommes intègres et courageux jurèrent de vivre et de mourir pour la défense d'une foi qui leur était plus chère que leur vie. Ce fut un spectacle bien touchant que le serment de ces hommes
64 HISTOIRE DE LA nÉFORMATlON FRANÇAISE.
que trente ans de luttes adiarnées n'avaient pu abnllre et qui, comme Mo'ise, préféraient l'opproijre du Christ aux délices du monde. Ils auraient pu cependant imiter le maître qui les avait abandonnés, et trouver, à sa cour, des faveurs, des places, des dignités. Ils ne le voulurent pas.'
Pendant le séjour des députés à Mantes , on essaya d'en détacher quelques-uns de leur parti, en leur présentant pour appât la protection royale et des dignités. Des conférences mêmes furent ouvertes entre les ministres et Du Perron qui faisait semblant de croire que le roi s'était converti plutôt devant la puissance de ses arguments que devant des raisons de haute politique. Rotan, célèbre pasteur protestant, accusé plus tard, quoique à tort, de s'être laissé séduire par les promesses de la cour, chercha des prétextes pour ne pas controverser avec Du Perron sur la question de la suffisance de la Sainte-Ecriture. Le ministre Berault se présenta à sa place ; mais quand le clergé vit que les conférences ne prenaient pas une tournure favorable', il eut l'habileté de les faire rompre, sans avoir cependant l'air de battre en retraite. Il proclama bruyamment ses triomphes; les protestants, pour démontrer le contraire, nommèrent l'année d'après, dans leur synode de Montauban, douze personnes, pour continuer les conférences , si Du Perron voulait les reprendre. Il n'en fut dès lors plus question.
Après le départ des députés, les intrigues continuèrent. Des ordras secrets furent envoyés aux gouverneurs des provinces pour empêcher les ministres de se prononcer avec trop de force contre la conversion du roi; on ne voulait pas qu'ils continuassent à l'appeler une révolte. On obligeait également quelques prédicateurs de la ligue à modérer leur langage. On put ainsi présenter la cérémonie de Saint-Denis d'une manière tellement adoucie qu'il y eut parmi les protestants même des hommes qui crurent
fiouvoir imiter le monarque. Il est vrai qu'ils trouvaient eur intérêt particulier à être de la religion du plus grand nombre. Les conciliateurs abondèrent ; la facilité avec