LIVRE xxiir
comme il est excellent en jugement et à connaître le prix et la valeur de toutes choses, etc.»
Il eût mieux valu garder le silence que de tenter une défense impossible; les auteurs de la Ménippée manquèrent de tact dans celte partie de leur écrit; ils oublièrent que la loi morale n'a qu'une balance dans laquelle Dieu pèse les rois et leurs sujets, et plus sévèrement encore les premiers que les seconds, parce que leur grandeur rend leur responsabilité plus grande.
La Ménippée parut d'abord en morceaux détachés, qui furent lus avec une grande avidité. Son succès fut immense; elle indigna et surtout elle fit rire. Or, en France , le parti dont on rit est à moitié vaincu : la ligue, qui s'était montrée héroïque devant la famine , se sentit faible devant la raillerie.
Les principaux chefs avaient perdu leur prestige. Les bourgeois, lassés de tant de guerres, qui avaient failli perdre le royaume, commençaient à réfléchir; le doute prenait peu à peu la place de la foi. Le Béarnais n'était plus à leurs yeux aussi abominable qu'on le leur représentait; les défections commençaient. Mais la ligue avait jeté de trop profondes racines dans le royaume pour que ses principaux membres , malgré le ridicule et l'odieux qui s'attachaient à leurs personnes et à leurs œuvres, vinssent volontairement i';iire leur soumission au roi; ils résistaient donc; maîtres à Paris et dans les principales villes du royaume, les plus zélés d'entre eux portaient leurs regards vers le vieux roi d'Espagne et rêvaient le mariage de sa fdle Isabelle avec le tils de Henri de Guise. La chaire n'avait pas abdiqué son rôle; les prédicateurs étaient toujours à leurs postes, occupés k réchauffer le zèle de leurs partisans. La situation du roi était toujours diflîcile; les cinq mois qui s'étaient écoulés depuis son abjuration, dont il attendait tant, n'avaient pas sensiblement amélioré ses affaires; ses partisans étaienn plus nombreux, plus dévoués ; mais les villes au pouvoir de.'î ligueurs ne lui avaient pas ouvert leurs portes. L'évèqua de Rome ne $e hâtait pas de lui envoyer son absolution