LIVRE XXIII
d'une grande foule de princes , de prélats et de grands dignitaires. L'évèque de Chartres ofïicia. Le roi debout, la main posée sur l'Evangile, fit un serment, dans lequel, entre autres promesses, il fit celle-ci : «Je tâcherai, en outre, en bonne foi, de chasser de ma juridiction et terres de ma sujétion tous hérétiques dénoncés par l'église, promettant par serment de garder tout ce qui a été dit. Ainsi Dieu m'aide et ces saints évangiles de Dieu. » '
Après ces paroles dans lesquelles le fils de l'huguenote Jeanne d'Abret venait de promettre d'exterminer ses anciens compagnons de travaux, il reçut, sur son front, l'huile consacrée, récita, à genoux et à haute voix, le confiteor et prit la communion sous les deux espèces du pain et du vin.
La cérémonie terminée, il se retira au palais épiscopal au milieu des acclamations enthousiastes de la foule. Le lendemain il se rendit de nouveau dans la cathédrale oii il reçut des mains de l'évèque de Chartres le collier de l'ordre du Saint-Esprit institué par Henri III et prêta, comme chef de l'ordre, le serment suivant:
«Nous Henri, roi de France et de Navarre, jurons et vouons solennellement en vos mains, à Dieu le Créateur, de vivre et de mourir en la sainte foi et religion catholique et romaine comme à un bon roi très-chrétien appartient, et plutôt mourir que d'y faillir, de maintenir à jamais l'ordre du Saint-Esprit. »
Les serments coûtaient peu au roi; dans celui-là il promettait, comme dans celui de la veille, d'extirper l'hérésie de son royaume, l'ordre du Saint-Esprit ayant été en partie institué à celte fin.
Les réformés se plaignirent vivement. Le roi leur fit répondre que ce n'était pas d'eux qu'il s'agissait quand il avait promis d'extirper les hérétiques de son royaume'; le
' 1. Y. Palma-Cayet, année 1594. — Davila, liv. XIV. — De Tliou, Uv. CVIII.
J 2. Élie Benoît, Histoire de fédit de Nantes, 1. 1<=^ liv. m, p. 117. — L'Histoire d'Élie Benoit pour l'exactitude des faits mérite d'avoir une place à côté de celle de De TLou. Nous aurons souvent occasion de la citer; comine De Tliou, il a'a puisé qu'à des sources •ûres.
jésuitisme n'est pas né avec Loyola. C'est avec un profond dégoût qu'on voit un prince qui aspire à être le roi d'un grand peuple, se jouer légèrement de ce qu'il y a de plus sacré au monde, et attirer ainsi sur sa tête et celle de ses sujets la malédiction divine.
Le roi ne pensa guère à ses promesses; Paris à conquérir lui importait plus que le ciel à gagner. Or, Paris résistait toujours, quoique l'ardeur des ligueurs fût en partie paralysée par les catholiques royalistes qui soupiraient ardemment après l'heure qui les délivrerait de leur tyrannie. Mayenne sentant qu'une plus longue résistance était difficile, se rapprocha des Seize. Il consentit, sur leur demande, à la révocation du comte de Belin, gouverneur de Paris, dont on suspectait la fidélité, et nomma, à sa place, le comte de Brissac, qui s'était distingué le jour des barricades et avait, depuis cette mémorable date, donné tant de preuves de fidélité et de dévouement à la cause'. Ce fut cet homme qui livra la ville au roi; il posa préalablement ses conditions; il exigea 200,000 écus une fois payés; la conservation de son bâton de maréchal de France, le gouvernement de Corbeil et de Mantes, et 20,000 livres de pension. Henri IV accepta tout; Brissac fit alors habilement ses dis-
fiositions et profita d'une absence de Mayenne pour ouvrir es portes de la ville au roi qui y pénétra, non sans défiance, mais avec cet entrain qu'il mettait dans ses opérations militaires. Les ligueurs apprirent, avec une surprise mêlée d'effroi , que le roi assistait à un Te Demi à Notre- Dame; ils voulurent prendre les armes, mais le même peuple, qui avait tant souffert pour leur cause, avait, après quelques hésitations , acclamé le roi et fait retentir les airs de ses joyeux hourras. Ils comprirent que Paris leur échappait; les armes leur tombèrent d'elles-mêmes des mains ; les moins fougueux crièrent : Vive le roi ! les plus forcenés dissimulèrent leur rage.
Le Te Deum terminé, Henri IV alla au Louvre; partout sur son passage il l'ut salué par les plus vives acclaniaîions d'une population enthousiaste; il pleurait de joie et recevait /avec une grande bienveillance ceux qui venaient lui présenter leurs hommages; mais il avait soin aussi , par des
t. L'Estoile, année 1594. — Économies royales, t. U.