LIVRE XXIII
Les jésuites seraient probablement sortis complètement vainqueurs de la lutte, sans un événement inattendu qui raviva toutes les défiances en rallumant toutes les haines.
Le 27 décembre, vers les six heures du soir, le roi, de retour d'Amiens, était encore tout botté dans une chambre du Louvre, ayant près de lui ses deux cousins, le prince de Conti et le comte de Soissons et trente ou quarante des principaux seigneurs de la cour, lorsque deux gentilshommes, M}L de Regni et de Montigny, se présentèrent devant lui pour lui présenter leurs hommages ; au moment où il ce baissait pour les embrasser, un jeune garçon, de petite taille, qui s'était glissé dans la foule sans être aperçu, le frappa au visage et le blessa légèrement à la lèvre. Le meurtrier fut immédiatement arrêté.
«Qu'on le relâche, dit le roi, je lui pardonne;» mais quand il entendit que l'assassin avait été élevé chez les jésuites, il dit, en faisant allusion à leur récent procès : «Fallait-il donc que les jésuites fussent convaincus par ma bouche, yf
Le meurtrier fut conduit au fort l'Evèque, où son interrogatoire commença; il déclara qu'il s'appelait Pierre Cliastel, et qu'il était fils d'un marchand drapier de Paris. Voici son histoire telle qu'elle nous est fournie par son interrogatoire: Son père le mit chez les jésuites auxquels il confia son éducation; à l'école de ces pères il apprit entre autres choses «qu'il est permis de tuer les rois, quand ils sont tyrans;» pour perfectionner leur élève et compléter son éducation, ses maîtres l'introduisirent souvent dans leur célèbre chambre des méditations dans laquelle ils enfermaient ceux de leurs disciples qu'ils trouvaient particulièrement vicieux ou qu'ils voulaient pousser h quelque grande action utile à leur société. '
Entré vicieux chez les jésuites , Chastel en sortit plus vicieux encore; il avait seulement appris auprès d'eux que le moyen le plus sûr d'apaiser la justice divine étai t de faire