‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 68 sur 235 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

tressés de la cour... Ils soutinrent le feu de la persécution, et lorsque, plus tard, le protestantisnae s'affaiblit et disparut presque du nord de la France , il se maintint énergiquement dans les provinces éloignées de la capitale.

Pendant que le synode continuait ses opérations, les députés des églises se rendaient (juin 1594) dans la petite ville de Sainte-Foi, située sur la rive gauche de la Dordogne, pour y tenir leur assemblée politique'. Henri IV, en l'apprenant, fut irrité. Il y vit une atteinte portée à son autorité: roi, il eût voulu que ligueurs et protestants s'inclinassent devant sa volonté , et cependant ces députés pouvaient-ils demeurer à sa merci ? N'avaient-ils pas tout à redouter d'un prince qui les avait trompés dans leurs

tilus chères espérances et qui les récompensait de leur ongue fidélité en faisant moins pour eux que n'avait fait Henri III, l'homme du traité de Nemours. Dans le premier moment de sa colère, Henri IV voulut empêcher les députés de se réunir, mais il comprit bientôt que ce serait le moyen d'irriter les réformés, et de les pousser à quelques moyens extrêmes qui accroîtraient ses embarras déjà si grands. Il laissa donc l'assemblée se réunir ; mais pour sauvegarder ses droits de roi , il lui en envoya l'autorisation. Ce fut un acte de haute sagesse.

Les députés étaient au nombre de trente. Chacun , dit Élie Benoit, y apporta les préjugés de sa province et des mémoires conformes à l'espérance et à la crainte qui y dominaient'. La situation était grave.... La moindre division dans l'assemblée pouvait avoir des résultats incalculables. Il était nécessaire que chacun fît des sacrifices à l'intérêt commun, que le protestantisme se montrât publiquement uni, qu'il parût à tous qu'il pensait avec une seule tête, sentait avec un seul cœur, et agirait au besoin avec un seul bras.

Pendant les débats il se produisit des choses, qui révélèrent chez quelques députés la perle de tout sens moral.

1. Mémoires de Madame Duplcssis, 1. 1", p. 268-2G9. — D'Aiibigné. liv. IV, ch. 10; t. lil, p. 3fi6-367.

2. Èlie Benoit, Histoire de l'édit de Nantes, 1. 1", liv. III, p. 1 2G.

Ainsi l'un d'eux proposa de faire une pension à l'un des secrétaires d'Etat, pour être leur défenseur auprès du roi, ainsi qu'à Gabrieile d'Estrées, sa maîtresse*. Cette honteuse proposition fut rejetée : les députés comprirent dès l'ouverture de sa séance que leur mission était de donner à leur cause une base ferme et solide. Ils ne faillirent pas à leur tâche, lis créèrent un conseil général, dans les mains duquel toutes les affaires de religion furent concentrées. Le pouvoir de ce conseil s'étendait sur toutes les provinces qui devaient recevoir de lui , au moyen d'un rouage administratif, ses ordres souverains.

Les provinces furent réduites à dix'. Chacune d'elles devait nommer un député : ces dix députés devaient former le conseil général, dans lequel entraient quatre gentilshommes, quatre personnes du tiers-état et deux ministres. On pensa , non sans raison , que l'élément laïque devait dominer dans sa composition, à cause de la tendance des gens d'église à retirer à eux toute l'autorité.

Chaque province devait, dans un ordre convenu, nommai un député, pris dans l'un des trois corps du protestantisme, et afin que le conseil des Dix se retrempât sans cesse dans 1 opinion publique, il était soumis, tous les six mois, à un renouvellement par moitié ; pour lui donner enfin plus d'autorité, on arrêta «que les ducs, les lieutenants-î(énéraux et autres personnes qualifiées auraient voix dans rassemblée, quoiqu'elles ne fussent pas députés, pourvu que le conseil eût confiance en elles. »

1. Élie Benoit, Histoire de l'édit de liantes, f. I", liv. III, p. 126.

2. La France fut d'abord divisée en di^ proviuces ou cercles réduits ensuite à neuf. Les voici :

1" cercle : Bretag-ne, Normandie. 2'= — Picardie, Champagne, Sedan, pays Messin. 3= — lie de France, Orléanais, Berry. -i» — Touraine, Anjou, Maine, Perche, Loudunois, Paintonge , Aunis, La Roclielle, Ang:oumois, Bas-Poitou 5' — Ilaut-l'oitou.

G° — Bourgogne, Lyonnais, Dnuphiné, Provence. Y — Bas-Languedoc, Vivarais, Basse- Auvergne. *>• — Haut-Languedoc, Haute-Auvergne, Ilaufe-Guyenne, Quercy, Rouergue, Afmagnac, Comminges, Bigorre

»• — Basse-Guyenne, Gascogne, Bordelais, Agénois Périgord, Limousin.

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