lIVRE xxin
Ils donnaient pour prétexte de leur insurrection la conduite indigne de la noblesse qui faisait peser sur les paysans un joug cruel et odieux. C'était un avant-coureur des derniers jours du dix-huitième siècle. Une haine commune avait réuni protestants et catholiques pour travailler « à la réformation de l'Élat. » On ne sait ce qui serait résulté de cette levée de boucliers, si on n'eût suggéré habilement à ces derniers l'idée qu'il ne fallait pas admettre les huguenots à l'honneur de travailler avec eux à une si sainte cause. A un signal convenu, les catholiques se séparèrent des protestants qui, réduits à l'impuissance par leur petit nombre , présentèrent leurs services à l'assemblée de Sainte-Foi qui les refusa et leur conseilla secrètement de traiter avec la cour aux meilleures conditions pour eux; ils le firent, .et ainsi finit la guerre des Croquants", qui fut une manifestation de la haine que la noblesse s'était attirée par sa tyrannie.
Avant de se séparer, l'assemblée nomma des députés pour la représenter à la cour et décida que la prochaine réunion aurait lieu à Saumur le 1" décembre 159-i; son œuvre était terminée; elle avait bien mérité de ses mandataires en plaçant le protestantisme, profondément ébranlé, sur des bases dont le temps a démontré la solidité.
Les députés qu'elle avait envoyés à la cour, réunie alors à Saint-Germain, furent bien accueillis; mais rien de ce qui avait été promis à Mantes ne fut accordé. Ils commencèrent à perdre patience; ce qui se passait autour d'eux n'était pas propre à leur en donner. Le duc de Mercœur, puissant dans la Bretagne, avait ouvert des négociations avec le roi, et parmi les conditions, dont il faisait dépendre sa soumission, il demandait l'abohtion du culte réformé dans ses possessions et dans plusieurs provinces voisines où il avait des châteaux. Le pape enfin, qui craignait que le roi, lassé de ses refus , ne formât une Église gallicane avec un patriarche à sa tète, se montrait moins difficile et paraissait disposé à accorder son absolution , qu'il ferait cepeixJant acheter au monarque au détriment des réformés; si h cela on ajoute les lenteurs des parlements qui ajournaient ou
1. Nom douué aux paysans insurgés. — Élie Benoît, t. I", liv. Ul,p. 130-1.3i,
refusaient la vérification des édits , on comprend combien étaient légitimes les craintes des députés. C'est dans cet intervalle qu'eut lieu l'attentat de Chastel dont nous avons j i parlé. Le crime de cet assassin avança les affaires des ré- ' ï formés mieux que les instances de leurs députés. Henri IV, i f dans ses moments d'épanchement, était plein de bonnes * dispositions pour eux; mais lorsqu'il raisonnait en poli- il tique, il n'osait s'abandonner aux entraînements de son ■ cœur. Cependant il ne pouvait continuer à bercer d'espé- fl rances illusoires un parti qui, dans son assemblée de 4 Sainte-Foi, s'était fortement constitué, en se donnant, j Ji pour organe oflîciel auprès de la cour, son conseil général, k
Les ennemis des réformés avaient pris occasion de la ] }> formation, de ce conseil , pour les accuser de vouloir for- »i mer un État dans l'État. Le roi, qui n'en croyait rien, 4 jugea cependant prudent de leur faire quelques concessions if afin de rendre inutiles leurs assemblées dans lesquelles fi ils agitaient des questions brûlantes et vitales pour leur cause. Il ordonna la vérification des édits qu'on leur avait accordés, et qui devaient être confirmés par un édit nou- I veau , suivant la promesse faite à leurs députés à Mantes.
Ce ne fut pas sans de grandes difficultés que le conseil consentit aux désirs du roi. Le parlement, devant lequel f l'édit fut porté, l'enregistra après de longues et orageuses discussions; les opinions se firent jour avec une grande f violence; les zélés catholiques de la cour n'admettaient f pas qu'on pût déclarer les réformés capables de remplir concurremment avec eux toutes les charges de l'État. Ils " durent cependant céder; la modération l'emporta sur la violence. Les hommes sages du parlement comprirent que ; le refus d'enregistrement amènerait une nouvelle guerre civile; les sept qui avaient eu lieu en moins de trente- f deux ans, le courage indomptable que les dissidents y avaient déployé, les maux sans nombre qui en étaient résultés pour le royaume furent, auprès du roi, des avocats ?' plus» puissants que les passions ligueuses qui s'agitaient i encore autour de lui.
Les protestants furent "a demi satisfaits de l'édit et très- !' mécontents de la manière dont il avait été rendu. Le procureur général La Guesle ne voulut pas qu'on se servît, dans l'enregiîtrement, delà formule accoutumée: tOuI