‹ Histoire de la réformation française (volume 2)Chapitre 72 sur 235 · LIVRE XXIII · texte numérisé non relu

LIVRE XXIII

et ce requérant le procureur général » il ne mit que ces mots : « Ouï le procureur général. » C'était grave , contraire aux précédents, et constituait un antécédent fâcheux qui faisait connaître aux catholiques que l'enregistrement de l'édit avait été forcé , ce qui , dans l'opinion publique , lui ôtait la plus grande partie de sa force.*

Pendant ces négociations, conformément à ce qui avait été arrêté à Sainte-Foi, les réformés étaient sur le point de tenir une assemblée à Saumur. Quand le roi en entendit parler, il en éprouva une vive peine ; jaloux de son autorité plus qu'aucun de ses prédécesseurs, il ne pouvait supporter l'idée de la moindre résistance à sa volonté; mais chez lui l'homme politique était le frein du roi. Il se décida à accorder ce qu'il ne pouvait empêcher sans recourir à la force qui eût provoqué une vive résistance de la part des huguenots.

Les historiens hostiles au protestantisme ne veulent voir que des rebelles dans ces députés qui, malgré le roi, vont de tous les points de la France se réunir à Saumur'; un peu de réflexion et d'équité devrait leur faire comprendre que les réformés n'exercèrent que le droit de légitime défense et que leur inaclion ou leur insouciance les eût livrés à la merci de leurs implacables ennemis; loin de les blâmer, il faut au contraire admirer leur constance dans les épreuves, et la persistance avec laquelle ils ne cessèrent de réclamer leurs droits de citoyens et la liberté de servir Dieu selon leur conscience; grands sur les champs de bataille, ils ne le sont pas moins dans les conseils, où ils discutent leurs intérêts, résolus à tout, même au sacrifice de leur vie, plutôt que de trahir la cause de leurs glorieux pères; aussi c'est avec un sentiment de respectueuse admiration que la pensée s'arrête sur cette assemblée de Saumur, qui, dénuée de ressources, revendique énergiquement ses droits et ne veut ni du dernier édit,

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